À Agadir, aux sons du Souss

World. Cinquième édition très populaire de Timitar, le festival de musiques berbérophone et arabophone.

À Agadir, aux sons du Souss

Ils attendent Idir, le Kabyle d’Algérie, pionnier world berbère, et fierté de la communauté qui va de l’oasis égyptienne de Siwa aux îles Canaris en passant par la Libye, le Mali, le Niger, le Maroc. En septet, Idir, guitare noire, parle chleuh, langue sœur du kabyle et expression du Souss, région d’Agadir, dans le sud marocain.

Façon supporteurs de foot, les plus fervents sont à droite de la scène brassant des bannières à trois bandes horizontales bleu, vert, jaune, peu appréciées des pouvoirs maghrébins, et scandant à tue-tête «Imazighèn! Imazighèn!» («berbères» ; au singulier, «amazigh»).

Habitués. Ce mercredi soir, la sahat el Amel («place de l’espoir») accueille 60 000 à 80 000 personnes, bandes de jeunes, familles, mais pas de touristes dans cette première destination balnéaire du Maroc où les usines à bronzer sont alignées le long des plages, et où les vacanciers de l’Est se font de plus en plus de place à côté des habitués européens.

El Amel est la principale des trois scènes du Timitar, devenu le grand festival de musique amazigh, ouvert sur les musiques du monde. Idir traduit ses propos en arabe et français («pour ceux qui ne comprennent pas l’amazigh»). Les «supporteurs» semblent mal prendre toute autre langue que la leur. Pourtant, ils ont bien dansé la veille sur le mbalax sénégalais de Youssou N’Dour.

Cette cinquième édition du festival Timitar accueille aussi le Libanais Marcel Khalife, les Mexicains de Tijuana, Nortec Collective, Zong, trio énergique électro-maloya de La Réunion, Alpha Blondy, Rokia Traoré, Salif Keita…

Autrement, l’affiche est partagée entre groupes arabophones (Khaled, Lemchaheb, Najat Aâtabou) et berbérophones (plus de vingt formations, de Haj Amentag, 81 ans, ou Taroudant, à Rap 2 Bled, d’Agadir), tel Amarg Fusion, huit joueurs de guitare (électrique), clavier, batterie, percussion traditionnelle, et r’bab - une vièle soussi (de Souss).

Entre jazz, rock, reggae, musique mandingue et répertoire des grands raïs de la tradition chleuh, Amarg Fusion, créé en 2002 à Agadir, est devenu le fleuron moderne du Souss pour sa connivence avec le public, ses thèmes écologiques, dans une région où le Désert avance comme dit la chanson. En tee-shirt sombre, un peu perdus sur la grande scène de la place el Amel, les musiciens semblent loin de ces réalités prosaïques de leurs admirateurs, livrant une musique plus virtuose que complice. Plus traditionnels avec leurs djellabas bleu ciel et blanc, les huit Aït Elaati, sont d’une autre trempe, quand ils jouent à la guitare électrique, au banjo, batterie, aux percussions, leur musique de transe, tempo amazigh mené sur train d’enfer qu’ils ont forgé à Imzar, leur douar, près d’Agadir.

Amours. Où tout le monde attend Izenzaren et Oudaden. Soit les deux groupes identitaires du Souss, nés il y a plus de vingt ans, avec guitares, banjo, tambour, derbouka, pour confondre dans un même vertige, amours contrariées, bouleversements sociaux et mauvais sort.

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