Agadir : Le sport, l’enfant malade d’une région de gloire

Peut-on parler d’une véritable dynamique sportive dans le Souss ? Sans doute, la réponse pencherait-elle vers la négation. Non pas par faute de moyens, car la capitale de la région Souss Massa Drâa renferme un tel potentiel économique qu’elle peut se munir d’une nomenclature infrastructurelle et équipementière des plus performantes. Mais, vraisemblablement, à cause d’un déficit déconcertant au niveau gestionnaire et comportemental.

En fait, l’expansion jaillissante que connaît la région en termes d’investissement, d’urbanisation et de développement de la fameuse trilogie (tourisme, pêche et agriculture) devrait organiquement avoir des incidences favorables sur le sport sous ses diverses branches. Hormis quelques unes qui vivotent dans des conditions quasiment nulles, nombre d’entre elles ne voient jamais le jour notamment la natation, malgré la clémence climatique constante. En dépit donc de cet essor économique époustouflant qui place la région parmi les plus prisées du royaume, jamais le sport régional n’a pu se hisser aux honneurs, depuis d’ailleurs le scolaire à l’adulte, en passant par l’universitaire. Les disciplines engagées dans les compétitions nationales, infimes soient-elles, boivent continuellement le calice jusqu’à la lie. Pourquoi alors cet éternel contraste qui caractérise la région en continuelle progression ? Ne dit-on pas que le degré de santé d’un peuple se mesure par la qualité de vie de ses jeunes ? Comment peut-on prétendre à une réelle promotion matérielle en l’absence d’un accompagnement humain sain et harmonieux ? De telles questions ne cessent d’interpeller vivement tous les responsables régionaux qui continuent à tourner le dos à la redynamisation de l’action sportive sous ses différentes disciplines. Ni les autorités locales, ni les départements de tutelle, encore moins les instances élues ne prennent la peine de se pencher sérieusement sur les fondements d’un vrai décollage de la pratique sportive multidimensionnelle de la région. Devant cette démission déplorable des décideurs, les structures associatives à charge de l’encadrement des jeunes souffrent le martyre au niveau du financement, de l’équipement et de l’infrastructure. Certes, ces manquements en termes de stratégie sportive relèvent des organismes nationaux qui brillent toujours par un tâtonnement déplorable mettant à nu cette manie de «makhzéniser» la chose sportive au lieu de la démocratiser. A titre d’exemple, le fait de verser dans l’atermoiement jusqu’à présent sans pouvoir désigner avec clarté et conviction un sélectionneur national de football, alors qu’on entame des échéances africaines décisives, dévoile bien cette déchéance irritante des centres de décision, en plus des bavures répétées au niveau de la programmation, de la qualification, de la communication... Toutefois, la situation à l’échelon local est encore plus inquiétante, si l’on sait que l’évolution sportive, mitigée et biaisée, reste bien en deçà des besoins et aspirations des jeunes, quoique la ville dispose d’une salle omnisport et s’apprête à se doter, à l’horizon 2010, d’un stade de haut standing. Le plus navrant dans ce constat est plutôt lié au côté gestion qui laisse beaucoup à désirer, puisque la majeure partie des dirigeants, opportuniste et incompétente, se lance dans le domaine pour des raisons souvent extra sportives, portant préjudice aux valeurs de l’olympisme pour lesquelles est vouée cette pratique sociale.
Par contre, l’on ne peut que louer les efforts déployés par une minorité oeuvrant dans l’abnégation et le dévouement, à défaut de fonctionnement pyramidal au diapason des nouvelles donnes. Toutes ces équivoques qui engendrent des diagnostics insatisfaisants nécessitent, en effet, un sursaut de réflexion et de concertation auquel devraient être conviés toutes les potentialités de la ville afin de mettre en œuvre une politique de masse pouvant abriter les générations présentes et montantes et aller de pair avec les avancées structurelles notoires des secteurs économiques de la région. Le sport ne pourrait point rester l’enfant orphelin de cet entrain régional d’envergure. Pour ce, les mentalités rétrogrades doivent disparaître et les intrus minables sont appelés à se rendre compte que leur présence au sein de l’activité sportive empreinte de pureté et de noblesse ne fait que nuire énormément à la nation. Cependant, on ne peut passer sous silence, malgré cette ambiance plutôt morose dans lequel se débat le sport régional, le parcours d’un club soussi ayant brandi, des décennies durant, le fanion d’une fierté incontestable. Le Hassania d’Agadir, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a toujours symbolisé l’incarnation d’une épopée historique où le sport était également synonyme de patriotisme identitaire. Un passé glorieux que nul ne peut émousser, même pas les médiocrités et les érosions des petites cervelles qui font du sport une passerelle de profit personnel. Les exploits des années 60 où scintillait encore cette exquise finale de la Coupe du trône vibrent toujours dans les cœurs d’une région amoindrie par le sinistre que l’on sait. Quarante ans plus tard, le HUSA, avec un itinéraire en dents de scie, parvint à aligner, pour la première fois de son histoire, deux consécrations consécutives et se paya le luxe d’accéder au rang des clubs les plus huppés du pays. Performance de taille dont les auteurs se comptaient parmi les compétences locales les plus attachées à la cause du club. Sektioui en particulier, Lahrach, Bouilas, Gadani et bien d’autres techniciens sont, sans doute, les artisans d’une telle prouesse qui sème aujourd’hui le frémissement dans l’orgueil de toute une région. Des dirigeants sincères, altruistes et fidèles tel Sidinou, figure charismatique du football local, ne jurent que par ces idéaux nobles que secrète la pratique sportive et contribuent pleinement à assurer les relais salutaires. Le Hassania d’Agadir illustre bien cette symbiose d’appartenance qui fait flamboyer les affections mutuelles dans les stades et fait rêver les jeunes aux lendemains meilleurs à travers ce mémorable patrimoine, tout feu tout flamme. Il est donc loisible de maintenir et consolider ces marques de liesse et d’attachement autour de cette idylle indélébile, tout en lui prodiguant toutes les cures nécessaires.
Le HUSA est, en fait, bien plus un symbole qu’une simple action sportive. C’est, sans contexte, le cordon ombilical entre générations, la conscience plurielle de toute une histoire et, à coup sûr, le tremplin par le biais duquel le sport régional bondirait au firmament de la structuration, la maîtrise et l’éclosion. Il est enfin trop «sacré» pour que des débiles viennent affecter tout ce monument du sport local.




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