Agadir : Rencontre singulière : Quand une femme signe tout un parcours

Agadir : Rencontre singulière : Quand une femme signe tout un parcours

Il est bien évident que l’Institut Français d’Agadir n’a pas seulement comme vocation l’animation créative et intellectuelle (cinéma, théâtre, expositions, poésie, culture scientifique, sociologie…), mais, pareillement, et à la grande satisfaction des adeptes du dialogue, il initie aussi le débat politique et la réflexion sur des thématiques à caractère interactif. La meilleure illustration en est, entre autres, l’émouvante rencontre avec Christine Daure-Serfaty, jeudi dernier, à l’amphithéâtre de la Chambre de commerce, d’industrie et de services d’Agadir, à l’occasion de la signature de son roman «La femme d’Ijoukak».

Au delà de sa dimension purement littéraire, ce rendez-vous livresque qui a drainé un parterre de personnalités et d’intéressés franco-marocains a marqué l’assistance par cette atmosphère à la fois pathétique et engagée, imprimée par une octogénaire encore lucide, ardente et bouillonnante. Sa narration introductive de l’échange sur le passage lugubre des années de plomb, jonchée de turpitudes de malaise et de colère, a, en effet, plongé l’audience fort conquise par le ton et le verbe poignants de la romancière dans une baignoire débordante d’interpellations. Le long voyage de l’aventure vécue par la femme et son conjoint, Abraham Serfaty, serpentant les rouages acariâtres de l’ère révolue faisait naître, certes, des sentiments d’amertume et de chagrin. Cependant, il ne fait pas de doute non plus que l’élan de réconciliation avec ce passé sombre de l’Histoire du Maroc a, de toute évidence, adouci les tensions et apaisé les impulsions vindicatives. On aura gardé certainement présent à l’esprit le fait que notre pays reste, sans conteste, l’une des rares nations au monde qui ait eu le mérite d’ouvrir publiquement les battants de ces périodes despotiques, à la différence de l’Espagne, à titre d’exemple, qui n’aurait peut-être pas, jusqu’ici, l’audace de remuer les tyrannies franquistes. Ce soir-là, l’invitée égrenait avec pugnacité les péripéties rocambolesques de son itinéraire, en tant que coopérante de mission et militante des droits humains, tout en évoquant ses ferveurs nourrissantes dans son site de prédilection, là-bas dans le Haut Atlas où elle recherchait quiétude et fraîcheur. Le petit patelin d’Ijoukak, aux promontoires de Tizi n’Test, objet de son œuvre, constitue, il est vrai, le havre évasif de cette longue et terrible peine, ayant pris des tournures tant affectives que combattantes, avec l’incursion dans la vie de l’auteur d’Abraham Serfaty, l’une des figures saillantes de l’extrême gauche marocaine. Cette complicité à travers laquelle elle éprouvait la passion de vivre et la raison d’être lui valut, non sans tourment et hantise, les douleurs de l’exil et de la nostalgie. Le double retour à ce lieu de vérité, enclavé et exclu, à proximité de l’oued N’fis en amont d’Amezmiz, fait procurer à la femme la sensation des liens d’enracinement jusqu’à l’enterrement, quoique des imprévus entrecoupent cette constance spatiale. Le hasard est, en permanence, capable de controverser les envies et contrarier les entrains. Cette soirée, on aura donc vécu des moments plutôt d’existence et d’anthologie où le temps et l’espace ne font plus qu’un, à l’image de cette femme véhémente qui saura allier, avec subtilité, les douceurs de l’espace et les malheurs du temps. Encore une fois, on aura apprécié, de bout en bout, cette proposition exquise de l’Institut français d’Agadir qui fait preuve de beaucoup de savoir faire, en imprimant, dans son éventail programmatique, des parfums de diversité et de qualité prestataires. C’est ce que Béatrice Bertrand, directrice de l’IFA, a pertinemment confirmé dans la superbe plaquette des mois d’avril et de mai : «Mouvements si divers de notre monde, parfois graves et parfois beaux, qu’ils soient fruit du hasard ou de la nécessité, nous vous attendons nombreux pour les aborder avec un regard particulier…». Il est alors bien clair que l’invitation dans l’univers de Christine Daure-Serfaty, grave et beau, étrange et dépourvu, s’insère admirablement dans ce choix fringant. Et, c’est tout à l’honneur de cette structure de coopération new look.



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