Agadir, restera-t-elle le fief de la gauche ?

Depuis belle lurette, c'est-à-dire du temps des intrusions colonisatrices, la vallée du Souss a repoussé avec acharnement tous les envahisseurs qui assaillaient la région du côté de l'océan. La citadelle d'Agadir Oufella représentait un bouclier contre les assauts étrangers. Aujourd'hui, cette forteresse antique, encore enjolivée par les remparts et les créneaux pittoresques, relatait cette épopée indélébile.

Même si on confisquait certains canons pour orner d'autres régions du centre du pays, ces vestiges historiques révélaient les élans de bravoure et de témérité des populations incarnant, par la même, les réactions d'opposition contre l'occupation et l'exploitation. Ces mêmes idéaux allaient s'incruster dans ces terres au fil du temps, jusqu'au moment où l'Etat du Maroc moderne se fonde par l'instauration des institutions, basée sur le pluralisme et la démocratie. C'est ainsi que, aidés par la fermentation du sentiment de refus et d'affirmation, les citoyens soussis se rebellaient contre la falsification et la fraude makhzéniennes et ralliaient la gauche à partir de 1976. Depuis lors, le principe de gauche germait, prenait forme et s'intensifiait surtout en affront avec les mesures d'étouffement adoptées par l'Autorité locale à multiples facettes, à l'image de l'incarcération des militants qui génère ipso facto des crimes crapuleux notamment le jeune défunt Grina, ignoblement assassiné suite à une manifestation commémorant «le jour de la terre». Durant les trois mandats successifs, la gauche symbolisée par l'Union socialiste des forces populaires prenait à charge les affaires publiques locales, malgré la riposte hystérique du pouvoir qui s'opposa énergiquement à l'élection de feu Abderrahim Bouabid à Agadir en 1977, quoique la gauche ait été, à cette époque, au summum de sa popularité. Cependant, nombre de symboles de cette formation politique qui faisait la quasi-unanimité à l'époque commençaient à faillir progressivement aux principes de la gauche par leur comportement résigné et soudoyé.
Il est vrai que le pouvoir local, jusqu'ici ne jurait que par la manière forte, changeait de tactique et empruntait des procédés manipulateurs centrés sur la tentation, à l'instar des gouverneurs Motia et Laâroussi qui sont parvenus à souiller un certain nombre d'élus, avides d'enrichissement. L'actuel mandat, encore sous la prédominance de l'USFP, ne devait son salut que grâce l'arrivée sur la scène publique de Kabbage qui sauva les meubles, lui qui incarnait toujours les valeurs intarissables de la probité et de l'intégrité socialistes. Devant ce déclin progressif de la gauche à Agadir, les partis de l'Administration commençaient à croire de plus en plus à leurs «chances» de mettre la main sur l'hôtel de ville tant convoité par des figures du makhzen fort connues dans la capitale du Souss. Toutefois, malgré cet avènement providentiel de celui qui peut toujours recouvrer l'image de marque de ce parti de gauche, en l'occurrence Tarik Kabbage (tant que d'autres ont déjà grillé leurs cartes), on faisait tout pour le faire sauter, aussi bien du côté des autorités locales qui mènent à son encontre une guerre d'intimidation sans merci que des nostalgique des nuits de rêve dans les doucereux palaces de la ville où l'actuel président a procédé au sevrage de la tétine laiteuse, mettant fin à la dilapidation des deniers publics. En fait, dans les milieux démocratiques locaux, on ne comprendra jamais son éviction de la candidature des récentes législatives, même s'il s'agit d'une sauce interne, alors qu'il tenait tête à l'arrogance des Autorités et traçait salutairement des lignes de réforme et de relance en dépit des sabotages dont il est constamment victime.
Maintenant, la situation est de plus en plus alarmante puisque malmenée vivement, d'une part, par la montée en force des partis de «droite», outre la poussée infernale des obscurantistes qui commencent à se se positionner sur l'échiquier local , d'autre part, par la perte de vitesse de l'USFP qui ne fait que traîner, d'année en année, le fardeau de ses «amours» fatales avec l'Autorité antérieure.
Evidemment, le pouvoir de l'argent sale a complètement dénaturé le bon déroulement des consultations électorales, avec l'entrée en lice des barons des élections, devenus bien célèbres à Agadir. Ces dernières échéances ont d'ailleurs propulsé un parti de la majorité gouvernementale à la première place, alors que l'USFP, placée régulièrement en tête, se retrouve à la troisième position avec seulement 10.000 voix, sachant qu'elle avait totalisé plus de 32.000 lors des élections de 2002. Cela est en effet très significatif et explique non seulement le faussement des consultations de 2007 par l'usage de l'argent sale déversé à flots par les forces réactionnaires plus que jamais décidés à détrôner leur rival juré, mais également par le fait que ce parti de gauche paie actuellement cher les mauvaises gestions des anciens élus voulant, à tout prix, préserver leur électorat à travers des moyens populistes et démagogiques centrés sur la distribution des baraques, des bons de ciment, de bois, de médicaments..., sans jamais mener une véritable politique d'autonomie vis-à-vis des pressions des autorités, de protection des contribuables et d'édification de la cité par des projets de société visant la mise en oeuvre du développement des moyens de production susceptibles de trouver du travail aux familles de masse et de les loger dans des habitations décentes et salubres. Quel sort attend donc la ville d'Agadir, à la lumière de toutes ces donnes? Il est bien clair que ces populations qui avaient, pendant ces trois dernières décennies, quasiment opté pour la gauche, vu leurs tempéraments innés de gens sérieux, propres et honnêtes (ne dit-on pas dans notre langage quotidien que les "chleuhs" sont toujours arharas, arharas ?) sont désabusées et usurpées par les attitudes indignes des anciens élus. Il va falloir, alors, recouvrer cette confiance perdue chez les citoyens qui préservent, sans nul doute, leurs fibres de gauche installée en eux, comme un patrimoine ineffaçable, depuis l'antiquité et qui sont prêts à lutter contre ces manières abjectes de mettre leurs voix sur le marché du commerce électoraliste dont ils sont étrangers et scandalisés. Cette tâche d'assainissement et de redressement revient, impérativement, à toutes les forces démocratiques et progressistes de la ville qui sont appelées, en effet, à sauver tout un bastion fidèle à la culture de noblesse, de cette dérive imminente. Ce souci majeur n'est plus l'apanage de l'USFP qui est soumise actuellement à la sanction de la communauté soussie, mais cette débâcle interpelle pareillement toutes les bonnes volontés de la gauche qui, certes n 'ont point participé aux dérapages des affaires publiques, mais ont pêché incontestablement par leur incapacité de se hisser en véritable force politique électorale à même de prétendre à des sièges à la commune et, partant, contribuer, de dedans, à assainir les rouages de la démocratie locale.
Dans le même contexte, l'USFP devrait, par la force des choses, descendre de sa tour d'ivoire et venir se concerter avec ses alliés directs, car, on garde toujours à l'esprit cette manie de certains dirigeants locaux de cette instance politique qui, emmitouflés dans leur perchoir, se croyaient intouchables et se passaient même du principe des alliances. Il faudrait agir ensemble avant qu'il ne soit trop tard, car, le danger est déjà dans les parages et ses auteurs ne sont nullement prédisposés à lâcher prise Il y va de l'intérêt de la ville en proie des convoitises voraces de la réaction et de l'intégrisme. Les Soussis suivront sans nul doute et seront toujours fiers de voter gauche si les femmes et les hommes de la gauche, les vrais, sont au rendez-vous. Car, on ne saurait bafouer l'Histoire d'un peuple cimenté et arrosé par le sang et la vertu.



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