Athlétisme/Dopage: L’embarrassant Monsieur Dghoughi

Dans une lettre envoyée à l’IAAF, Aïssa Dghoughi accuse plusieurs demi-fondeurs français de dopage. Lui-même suspendu, et donc sujet à caution, l’athlète marocain cite notamment Bouchra Ghezielle et Bouabdellah Tahri.



Une nouvelle odeur de soufre émane du demi-fond français. Alors que plusieurs affaires de dopage ont secoué l’athlétisme tricolore ces deniers mois, une lettre adressée à la Fédération internationale (IAAF) par le Marocain Aïssa Dghoughi pourrait remettre le feu aux poudres. Selon Le Monde, qui s’est procuré des extraits de la missive, ce dernier affirme avoir fourni des produits dopants à plusieurs athlètes français, et pas des moindres. Outre Latifa Essarokh, recordwoman de France du 1 500 m dont il fut le compagnon et qui purge une suspension de deux ans pour un contrôle positif au stanozolol, Dghoughi accuse notamment Julie Coulaud, recordwoman de France du 3 000 m steeple, Bouchra Ghezielle, médaillée de bronze mondiale en 2005 sur 1 500 m et Bouabdellah Tahri, ex-recordman d'Europe du 3 000 m steeple qui vise un podium aux prochains Mondiaux d’Osaka.

Champion du monde scolaire cadet de cross-country en 1998 et coureur de fond de haut niveau, Aïssa Dghoughi explique ainsi avoir pris des produits dopants et être tombé dans le trafic afin de « gagner de l'argent pour nourrir sa famille ». Il détaille ensuite ses propres agissements et les scènes dont il aurait été le témoin. Arrêté lors d'un contrôle routier en 2005 avec Mustapha Tantan - compagnon de Julie Coulaud, depuis disculpé - en possession d'EPO et d'hormones de croissance, il avait écopé de quatre mois de prison avec sursis, afin de « protéger la carrière » des athlètes auxquels il prétend qu’ils étaient destinés : Coulaud, Essarokh, Tantan et Khalid Zoubaa, l'ex-champion de France de cross-country depuis tombé pour prise d’EPO.

Dirringer : « Des allégations méprisables »

En ce qui concerne Tahri, Dghoughi évoque une filière différente : celle de la manager allemande Dorothee Paulmann. « Je l'ai vue donner des produits à Tahri, dit Dghoughi dans sa lettre. Il n'habite pas loin et se déplace régulièrement pour se fournir auprès d'elle. » Ce que nie farouchement le steeplechaser, actuellement en stage en Suisse. Les réactions outrées n’ont d’ailleurs pas tardé à fuser, via L’Equipe. « Complètement faux », selon Coulaud, les dires du Dghoughi sont des « allégations méprisables » pour Jean-Michel Dirringer, l’entraîneur de Tahri. Khalid Zoubaa et Bouchra Ghezielle se rappellent à peine d’avoir croisé Dghoughi dans leur vie. Quant à l’ancien champion olympique marocain du 10 000 m, Khalid Skah, il a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux.

Quel crédit peut-on donc apporter à un coureur lui-même suspendu trois ans après s’être soustrait à un contrôle inopiné dans des conditions rocambolesques ? D’autant que la manœuvre n’a rien de désintéressée. L’Equipe révèle en effet dans son édition de vendredi que la lettre en question ne serait que la partie immergée d’un dossier monté par le couple Dehiba. L’objectif ? Bénéficier d’une remise de peine auprès de l’IAAF grâce au statut de repenti. Ex-recordwoman de France du 1 500 m, Hind Dehiba purge en effet une suspension de deux ans pour un contrôle positif à l'EPO, consécutif à sa garde à vue et à celle de son mari et entraîneur Fodil, interpellés fin janvier à l'aéroport de Roissy en possession de fioles d'hormones de croissance. Mensonges, trahisons, délation, repentance… Tous les ingrédients du mauvais polar sont en place. A l’IAAF désormais d’en démêler les fils.

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