Bernard Kouchner présente des excuses au Premier ministre irakien

Quelques jours après une visite très symbolique à Bagdad, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a dû présenter ses excuses au Premier ministre irakien Nouri al-Maliki pour avoir tenu dans la presse des propos appelant à sa démission.

"Si le Premier ministre M. Maliki veut que je m'excuse d'avoir interféré dans les affaires irakiennes de façon aussi directe, je le fais volontiers", a répondu Bernard Kouchner sur RTL au dirigeant irakien qui avait réclamé ces excuses la veille.

Mais Bernard Kouchner a ensuite relativisé: "Je crois qu'il n'a pas compris, ou je n'ai pas assez souligné, qu'il s'agissait des propos que j'ai entendus dans la bouche de mes interlocuteurs irakiens", a ajouté le ministre pour expliquer ses propos tranchés, peu habituels pour un diplomate. Dans un entretien à l'hebdomadaire américain "Newsweek", il expliquait avoir déclaré à son homologue Condoleezza Rice que M. Al-Maliki "doit être remplacé".

Le chiite Nouri al-Maliki peine à surmonter la crise qui divise son gouvernement et à mettre d'accord les différents mouvements politiques et ethniques irakiens. Il est de plus en plus critiqué, y compris aux Etats-Unis, où les sénateurs américains Carl Levin et Hillary Clinton ont, tout comme M. Kouchner, réclamé clairement son départ. Et où le récent rapport des différentes agences du renseignement américain en Irak exprimait son scepticisme quant à la capacité d'action du gouvernement Maliki.

Après une première déclaration ambiguë, le président Bush avait dû recadrer le tir et afficher la semaine dernière un soutien explicite au Premier ministre irakien, qu'il exhorte pourtant de plus en plus souvent à redoubler d'efforts pour améliorer la situation dans son pays.

"Je ne suis pas le seul qui présente quelques critiques devant un foyer de tensions et des exactions quotidiennes qui (...) indignent le monde", a d'ailleurs relevé le chef de la diplomatie française, qui s'est exprimé lundi à la radio ainsi que dans des tribunes publiées par "Libération" et le "International Herald Tribune".

Dans le quotidien anglophone, il explique que "la France est prête à jouer les médiateurs" pour permettre la constitution d'un "gouvernement d'unité nationale" s'appuyant sur une base large.

Selon "Newsweek", il avait également mis l'accent le "fort soutien" dont bénéficie en Irak le vice-président Adil Abdoul-Mahdi, "qui est quelqu'un d'impressionnant": "parmi tous les gens disponibles, il est souvent considéré comme celui qui devrait être désigné Premier ministre".

Cet épisode pourrait brouiller la visite de trois jours de Bernard à Bagdad, la première d'un ministre français depuis le début de la guerre en Irak en 2003. Ce déplacement-surprise, perçu comme la volonté de Paris de revenir sur la scène irakienne, mais aussi comme un geste de bonne volonté à destination de Washington, visait à "tourner la page" après les années de froid déclenchées par la virulente opposition de la France à l'intervention armée en Irak.

Sans faire mention de l'incident Maliki, Nicolas Sarkozy a apporté lundi, dans son discours devant la conférence des ambassadeurs, un soutien appuyé à la mission de son ministre et répété le "message de solidarité et de disponibilité" que celui-ci avait envoyé aux Irakiens.

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