Condamnés pour “homosexualité”: Un faux mariage gay sème la polémique:

Un tribunal de Ksar el-Kébir (nord du Maroc) a condamné en première instance six personnes ayant participé en novembre à une fête qualifiée de « mariage gay ». Reconnus « coupables d’homosexualité », ils écopent de peines allant de quatre à dix mois de prison.
L’affaire remonte au 19 novembre dernier. Fouad F. décide d’organiser une fête dans une maison du quartier populaire Hay Diwan, à Ksar el-Kébir. L’édifice est réservé aux célébrations de mariages traditionnels, et la party de Fouad et ses amis en a tous les aspects. Aucun rituel n’est oublié : animation « gnaouïe » (orchestre), cuisinière, maquilleuse… et dans la salle un homme déguisé en femme. La fête ne passe pas inaperçue dans le voisinage. Comme tout ce que fait Fouad d’ailleurs. Car le jeune homme a la réputation d’être un libertin. Il vend de l’alcool clandestinement et le moindre de ses écarts est épié.
Vindicte populaire
Dès le lendemain matin, la rumeur circule qu’il s’agirait d’un mariage homosexuel, et des vidéos enregistrées par un invité circulent sur YouTube. Une véritable vindicte populaire prend forme. Des milliers d’habitants manifestent dans les rues de Ksar el-Kébir, réclamant « justice, sanctions et réparations », la maison de Fouad est attaquée, les imams se lancent dans des prêches incendiaires… La ville est au bord de l’émeute. Le 21 novembre, une pétition est adressée au procureur général de la ville et demande « l’ouverture d’une enquête officielle sur la célébration d’un mariage homosexuel ». Les protagonistes de la fête sont tous arrêtés, mais les journalistes et associations tentent de démêler le vrai du faux.
Quatre à dix mois de prison

Interpellé au Parlement sur cette affaire, le ministre de l’Intérieur tente de désamorcer le scandale en niant tout « mariage gay » et indique qu’il s’agissait en fait de « rituels qui relèvent de charlatanisme ». Même version du côté des enquêteurs. Pas de mariage gay donc. Pourtant cela n’a pas empêché le tribunal de la ville de condamner les six organisateurs pour des faits d’« homosexualité » à des peines allant de quatre à dix mois de prison. Fouad, lui, écope de la peine la plus lourde : dix mois de prison ferme et une amende de 1.000 dirhams…
Malek Chebel est un anthropologue et un islamologue connu pour sa réflexion sur la sexualité et l’islam.

FranceSoir. Comment expliquer une réaction aussi violente de la part de la population marocaine ?
Malek Chebel. Il y a deux types d’explication. Premièrement, ce mariage représente une forme de modernité intolérable, brutale et perturbante. Son caractère spectaculaire était inattendu. Ce qui explique une réaction très vive et spontanée. Deuxièmement, les autorités religieuses locales redoutent que de tels actes puissent détruire le modèle du mariage traditionnel, et remettre en cause l’architecture habituelle d’une société musulmane fondée sur la famille et la fécondité. L’homosexualité est encore perçue comme une jouissance perverse et un plaisir égoïste.


Peut-on parler de simple homophobie ?
Non, plusieurs facteurs traduisent le mécontentement des Marocains dans cette affaire. Chez les musulmans, il n’existe qu’un seul modèle matrimonial : celui qui unit un homme et une femme. En Outre, l’Europe est souvent perçue comme étant à l’origine de toutes les « perversités », incluant par là l’homosexualité. Il y a également une part d’homophobie, mais il s’agit surtout d’ignorance : on a du mal à concevoir un mariage entre deux individus de même sexe.


Qu’est-ce qui est le plus choquant : l’homosexualité ou le fait que deux personnes de même sexe se marient avec les rituels réservés aux couples hétérosexuels ?
Ce n’est pas tant l’homosexualité qui choque, car elle existe dans les bars et boîtes de nuit marocains. On la voit, on la connaît. Le problème réside dans le fait de la rendre visible et officielle, en tournant en dérision le mariage qui est, pour les Marocains et tous les musulmans, une institution.


L’homosexuel a-t-il sa place en terre d’islam ?
Je pense que le refoulé va devoir résister encore longtemps. L’islam étant une religion dominante au Maghreb, les couples homosexuels auront du mal à se marier en toute tranquillité. Il suffit de voir les difficultés qu’y rencontrent encore les couples mixtes pour faire accepter leur union. Alors, de là à envisager un mariage homosexuel…


Peut-on être homosexuel et musulman ?
Les sociétés arabo-musulmanes fonctionnent sur un modèle patriarcal. Pour l’instant, l’homosexualité reste une forme d’anomalie pour les musulmans.


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