Des milliers de bonzes dans la rue en Birmanie

Le mouvement de contestation s'amplifie lundi en Birmanie: les moines sont rejoints par un nombre croissant de civils, des membres du parti d'Aung San Suu Kyi et des vedettes birmanes.

Sixième jour consécutif de protestation des moines en Birmanie. Et toujours plus de monde dans les rues. Lundi, plusieurs dizaines de milliers d’habitants de Rangoun se sont joints à la contestation d’au moins 10.000 moines bouddhistes contre la junte militaire au pouvoir au Myanmar, une manifestation d’ampleur inégalée depuis le soulèvement étudiant de 1988.

A nouveau, les moines ont entamé leur protestation par des prières dans la pagode de Shwedagon, le principal sanctuaire bouddhiste, avant de marcher (voire les photos des jours précédents) à travers la première ville du pays. Cinq cortèges, dont l’un s’étirant sur plus d’un kilomètre, sont entrés dans le centre-ville sous les applaudissements de milliers d’habitants.

«Les rues sont noires de monde»
Des manifestations ont également été signalées à Mandalay, la deuxième ville du pays où 10.000 moines avaient déjà défilé samedi, à Sittwe dans le nord-ouest, et à Bago, juste au nord de Rangoun. Les moines ont prié à la pagode de Sule, dans le quartier d’affaires de la capitale, avant de rallier une autre pagode, suivis par des dizaines de milliers d’habitants. «Les rues sont noires de monde», a déclaré un témoin.

Parmi les manifestants figurent pour la première fois des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) élus au parlement en 1990. Le scrutin avait été rejeté par les généraux au pouvoir. Samedi, Aung San Suu Kyi, chef de la LND assignée à résidence, a prié devant son domicile avec un millier de moines autorisés par la police à passer devant sa maison.

Rumeurs de répression
Les marches de protestation des moines sont devenues quotidiennes au Myanmar, signe que le mouvement, qui avait commencé le 19 août en réaction à une hausse forte du prix des carburants, se transforme en mouvement de révolte contre la junte au pouvoir.

Les forces de sécurité sont restées discrètes jusqu’ici et aucun incident n’a été signalé lundi mais des rumeurs d’une répression imminente - certains assurent que les hôpitaux ont été vidés - circulent. Le soulèvement de 1988 avait été réprimé dans le sang et fait quelque 3.000 morts. Les généraux doivent se réunir prochainement dans la nouvelle capitale de Naypyidaw, construite dans la jungle.

Plusieurs célébrités artistiques, dont l’actrice Tun Eindra Bo, une icône dans le pays, ont rallié le mouvement en formant un comité de soutien aux moines. «Le fait qu’ils se joignent au mouvement est très significatif», a déclaré un exilé birman qui a entendu ces stars donner des interviews en birman à des radios étrangères.

«J’ai honte de nous»
Un comédien connu sous le nom de Zaganar et l’acteur Kyaw Thu se sont rendus en personne à la pagode Shwedagon pour offrir de l’eau et de la nourriture aux religieux, selon des témoins. «Les moines prient pour nos âmes alors que nous restons à la maison à regarder la télévision. J’ai honte de nous», a déclaré Zaganar dans un entretien diffusé par la Democratic Voice of Burma (DVB), organe de presse audiovisuel dont le siège est à Oslo et qui est dirigé par des opposants à la junte.

Aung Way, un poète des plus respectés dans le pays, a estimé que «maintenant que nous sommes descendus dans la rue, il ne serait pas correct de nous asseoir et de les regarder faire le travail. Il est de notre responsabilité d’apporter notre aide au cours des manifestations et d’aider la population à atteindre ses objectifs» a-t-il dit.

Pendant ce temps, des milliers de badauds se pressent sur les trottoirs, saluant respectueusement les moines, applaudissant les manifestants et pleurant, pour certains, à la vue d’un tel défilé, encore inimaginable le mois dernier.

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