Elections communales 2009 Agadir : Interview de Maître Abdellatif Ouammou

Agadir o’flla:Monsieur Abdellatif Ouammou, bonjour, merci beaucoup de recevoir le Magazine Agadir o’flla, magazine interculturel, indépendant, de recherche sur les beaux-arts, les belles-lettres et l’histoire, et merci de bien vouloir répondre à nos 12 questions:

Elections communales 2009 Agadir : Interview de Maître Abdellatif Ouammou

-Vous venez juste de publier un livre sur l’histoire de la région de Tiznit:
-D’où vous est venue cette idée?
-Vous devez être le 1er président de commune à avoir eu une idée pareille.


Abdellatif Ouammou : Le travail sur la mémoire me travaille depuis longtemps. Et j’ai soumis
l’idée à mon collaborateur au tout début de mon mandat actuel en ambitionnant de mettre à disposition de la commune un produit qui résume les principales caractéristiques de notre « mémoire commune » qui mettra à la disposition des nouvelles générations une masse d’informations que les chercheurs auront le loisir d’étoffer, d’enrichir et qui sera destinée à être offerte aux visiteurs de marque de la ville. C’est vrai que Tiznit est connue comme étant la ville d’argent. Il va de soi qu’à chaque visite d’un officiel et à chaque manifestation nous offrons des symboles de la ville : fibules,


A. O.-Vous avez beaucoup fait pour la région de Tiznit en matière de culture:
-Où en êtes vous présentement et quels sont vos projets d’avenir dans ce sens « musée municipal, galerie municipale, théâtre municipal, conservatoire de musique »?


A. Ouammou: Nous n’en faisons jamais assez pour la culture. Car comme dit l’adage: c’est bien la seule chose qui nous restera quand nous aurons tout perdu. C’est vrai qu’à Tiznit, nous avons insisté ; dès le début de ce mandat lors de la mise en œuvre du programme de développement économique et social de la ville en 2004, pour doter la ville d’infrastructures culturelles et sportives à la hauteur de ses ambitions. Car permettre aux jeunes et aux moins jeunes de se divertir, de s’amuser, de vivre leur ville, c’est contribuer à la paix sociale, c’est assurer l’épanouissement des habitants de la cité. Aussi, la ville dispose actuellement d’une maison de la culture, d’une médiathèque, de 5 centres socioculturels, de terrains de quartiers et d’un conservatoire de musique grâce au partenariat avec le ministère de la culture, l’Ambassade de France et la fondation Mohamed V pour la solidarité. Cet effort en infrastructures est associé à une politique volontariste de soutien aux associations et aux énergies innovantes de la ville (théâtre, peinture, chant, sport,…) Pour l’avenir je vais emprunter la célèbre phrase de Martin luther king « I have a dream ! » et mon rêve le plus cher pour cette ville qui m’est chère, c’est de doter la ville d’un salon international de la bijouterie. Car il faut partir de l’idée qu’il faut défendre le produit artisanal de qualité et promouvoir notre patrimoine immatériel et notre héritage séculaire. La richesse et la chance de notre ville pour une intégration régionale réussie c’est le travail de l’argent qui peut constituer une locomotive du développement du tourisme et qui va propulser le secteur de l’emploi et de l’innovation. Associer et marier un musée de l’artisanat à un centre de formation en donnant aux artisans locaux un tremplin pour faire connaître cet héritage séculaire par la création des conditions de l’émergence d’un salon d’envergure internationale dédié à la bijouterie. Ce rêve nous ne le berçons pas en silence. Nous travaillons actuellement sur la réhabilitation du noyau historique de la ville (secteur source bleue, casbah aghnaj et grande mosquée). Le conservatoire de musique doit aussi être pleinement intégré dans l’environnement culturel de la cité. Nous y travaillons…


A. O.-Tiznit est l’une des régions qui fait rentrer le plus de devises: En bénéficie-t-elle réellement?


A.Ouammou: Il est vrai que cette question ne concerne pas uniquement la collectivité locale. La ville a pour mission première de préparer le terrain pour drainer les investissements par la mise en place de zones industrielles, de zones d’activités ,… Mais l’Etat doit promouvoir une politique incitative. Il est vrai que le gouvernement doit sérieusement penser à des alternatives de mobilisations de ces devises qui sont importantes et qui « dorment » dans nos banques. Les établissements bancaires doivent aussi doubler d’efforts et saisir l’occasion de la crise pour rebondir. D’autant plus que les banques européennes commencent vraiment et de façon percutante à s’intéresser au porte monnaie de nos MRE. Et leurs proposent des placements alléchants. Car à ma connaissance, sur 4 dirhams en circulation au Maroc, un dirham provient des transferts MRE. Est-ce la fin de cette manne pour les pays d’origine et pour notre pays en particulier. Je crains que oui si nous ne réagissons pas et vite. Les métropoles régionales dans d’autres pays s’engagent de façon virile dans la création de bassins d’emplois, de spécialisation financière. Nous n’en sommes pas encore là. Et il est temps d’y songer sérieusement. Car capter les capitaux et les devises aussi bien ceux de nos RME que d’autres, c’est faire face au chômage, créer un climat propice à l’investissement, promouvoir l’intelligence et la créativité. Mais, c’est aussi assainir la justice, c’est doter les présidents de communes de compétences élargies en matière de foncier, d’aménagement de l’espace et de management stratégique.


A. O.-Côté tourisme, Tiznit est une des destinations très prisée: -Que prévoyez-vous pour la promotion du tourisme dans la région?



A.Ouammou: Tiznit dispose d’un potentiel énorme : un savoir faire artisanal de renom, un environnement propice à la découverte (médina, monuments, palmeraie, …) un environnement urbain où règne calme et sécurité. Je viens de lire dans un magazine que la côte atlantique (Aglou et Mirleft) fait partie des meilleures 40 destinations du Royaume. Tiznit n’est qu’à 12 km de la côte atlantique. Il faudrait que les instances régionales mettent en œuvre une feuille de route avec une métropole régionale qui ne s’accapare pas l’essentiel des flux touristiques, mais qui les distribue dans un souci de spécialisation et de complémentarité. A notre échelle locale nous oeuvrons dans la mesure de nos modestes moyens à créer des circuits touristiques aménagés au sein de la médina avec renforcement de l’éclairage public, modernisation du mobilier urbain, rénovation des souks traditionnels, restauration de la muraille, promotion de la piétonisation… toutes ces actions ont un impact sur l’activité touristique. La création d’activités d’animation estivale contribue notamment au rayonnement de la cité. La ville s’est aussi dotée d’un bureau d’orientation touristique géré par les associations qui a pour mission de promouvoir le tourisme local. Mais beaucoup reste à faire dans ce domaine.


A. O.-Comptez-vous combattre le tourisme « All inclusive »?


A.Ouammou : Le «All inclusive» est une formule qui cantonne le touriste à l’hôtel. Si vous parlez d’Agadir en posant cette question. Il est clair à mon avis que cette formule s’adapte le mieux aux îles exotiques où aucune autre infrastructure n’existe à part le village touristique. Agadir est une métropole régionale. C’est une destination balnéaire urbaine. Les métiers qui gravitent autour du tourisme (taxis, restaurants, bazars, souks,…) souffrent de cette formule. Plus de la moitié de la capacité hôtelière commercialisable de la destination Agadir soit 10000 lits tourne en all inclusive. C’est inquiétant. Mais je pense qu’il faut plutôt adresser cette question aux professionnels du tourisme, car le tourisme a toujours été un laboratoire de formules, de produits. C’est la capacité d’adaptation, de correction du secteur qu’il faut interroger.
Pour Tiznit, nous sommes engagés dans une autre démarche : Le bureau d’orientation touristique est animé par des associations autour des thématiques du tourisme solidaire, tourisme culturel, tourisme vert, tourisme écologique. Il s’agit pour nous d’encourager la rencontre, la découverte. Le touriste n’est pas dans notre optique un « animal en zoo ». Permettre au touriste de flâner en ville, de découvrir notre cité et ses environs, mais aussi ses richesses patrimoniales sans le forcer, mais plutôt l’orienter sans le téléguider est notre ambition. Il s’agira de lui fournir des indications claires par des panneaux indicatifs, lui proposer des itinéraires urbains de découverte,… Nous oeuvrons aussi à édifier des centres commerciaux dédiés aux produits du terroir afin de mettre à disposition des visiteurs de la ville une gamme large de produits locaux. Le « touriste » est d’abord pour nous un « visiteur », et nous souhaitons d’abord parler à son intelligence et non à son porte feuille. Cette dimension culturelle et patrimoniale du tourisme est à chercher pour Agadir dans les villes satellites autour d’elle (taroudant, tiznit, tafraout, zagora,…) et c’est le défi à relever en accélérant la réalisation des voies routières intra régionales (entre autres le dédoublement de la voie Agadir- Tiznit,…) et en réalisant l’intégration régionale.


A.O.-En militant chevronné d’un parti qui a lui-même changé d’orientation:
-Pensez-vous que la multiplication des organisations politiques est bénéfique pour notre pays « exemple de la création du PAM est encore frais dans les esprits »?


A.Ouammou : La liberté d’appartenance politique est garantie par la constitution. Nul n’en doute. Mais l’instabilité des alliances politiques, la redistribution des cartes et l’arrivée de nouveau acteurs dans le champ politique à chaque rendez-vous électoral entretient l’amalgame et le flou et risque de rebuter et repousser les citoyens. Nous attendions le messie à l’annonce du nouveau parti. On nous promettait une nouvelle génération de politiques animés d’un projet rénovateur. Mais la montagne a accouché d’une souris. Nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait simplement d’un ravalement de façade sur fond de nomadisme amplifié. Pour revenir au changement, je pense que c’est une constance de la vie politique. Il est synonyme de vitalité et de débat interne. Notre vie politique a plus besoin d’alliances solides et non de balkanisation poussée. La stabilité gouvernementale est à ce prix. Et les grandes réformes de l’Etat sont initiés généralement par des majorités solides, bien maîtrisées et aux contours bien définis.


A. O.-Mitterand a dit un jour, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, « Aussi bien le
socialisme que le capitalisme sont devenus caduques, il faudra inventer un nouveau système. ». Qu’en pensez-vous?


A.Ouammou : Il faut placer la citation de Mitterrand dans son contexte. C’est vrai que la chute du mur de Berlin a sollicité beaucoup d’enthousiasme et d’espoir quant à l’avenir de l’humanité. Mais depuis beaucoup de murs se sont dressés, aussi bien physiques (mur de séparation en Palestine) que symboliques (racisme, terrorisme, absolutisme,…) C’est vrai aussi que si Mitterrand était encore vivant et avait vécu la crise financière mondiale actuelle, il visera plutôt le capitalisme sauvage et rentier par ces propos que vous lui prêtez.



A. O.-En tant que juriste: Ne voyez-vous pas que notre système juridique est vétuste et qu’il faut mettre à jour notre appareil législatif?


A.Ouammou : La justice fait partie des fondements solides d’un Etat. …Le système étatique marocain est en processus de consolidation par des réformes très profondes aussi bien verticalement qu’horizontalement. Il va de soi que le système juridique évoluera en fonction des nouvelles taches de l’Etat et de ses institutions vis-à-vis de l’ensemble de la société. Le Maroc est à la recherche d’une bonne gouvernance de l’Etat et de ses institutions pour relever le défi de la démocratisation de la société. Au niveau judiciaire il y a un énorme travail de fait depuis plus de 10 ans et une profonde réforme est souhaitée et souhaitable vers de nouvelles orientations. Il n’ y a qu’à se référer aux différents discours royaux durant ces dernières années. Et j’espère que les réformes iront dans le bon sens.

A. O. -Si on prend l’exemple de la loi sur la location: -Ne trouvez-vous pas qu’elle désavantage le propriétaire?


A.Ouammou : Il ne s’agit pas d’avantager ou de désavantager une partie aux dépens d’ une autre. Le rôle de l’Etat et de la justice est de mettre en place des règles juridiques équilibrées. Le Maroc compte une large frange de la population qui n’a malheureusement pas accès au logement décent ou au logement tout court. D’autre part, il y a aussi beaucoup de Marocains qui ont amassé des richesses et disposent de plusieurs logements. Il y a donc nécessité de revoir le rapport entre propriétaires et locataires vers plus d’équité et d’équilibre. Le propriétaire a pour sa part droit à son loyer à chaque fin de mois. Le locataire a de son côté droit à la stabilité pour assurer ses tâches professionnelles et socio économiques en toute sérénité. Cette relation a besoin de suivi, d’amélioration et un meilleur équilibre assuré par le législateur. C’est pour cela que la législation marocaine en matière de loyers est en constante évolution depuis 1980 jusqu’à nos jours, sans oublier l’effort mené par l’Etat dans le domaine du logement social et du logement économique et pour répondre aux besoins de la classe moyenne notamment. Le logement est loin d’être à la portée du simple citoyen sans parler du niveau des revenus qui reste faible et qui n’aide pas à l’épargne des familles (smic faible, travail précaire, travail à mi-temps, travail sous rémunéré, instabilité de l’emploi,…etc.). Il ne s’agit donc pas simplement en matière de relation locative d’un système qui favorise l’une ou l’autre partie, mais plutôt de la recherche d’équilibre équitable de la part du législateur.

A. O.-En tant que parlementaire: Avez-vous le sentiment d’avoir toujours tenu vos promesses électorale?

A.Ouammou : Je n’ai pas l’habitude de distribuer des promesses. Je propose un programme à mes électeurs « potentiels », des orientations générales, des lignes directrices qui guideront mon action parlementaire. Le travail parlementaire est d’abord des actions législatives. Et par honnêteté intellectuelle je n’oserai pas m’auto-évaluer. Je laisse au public le soin de suivre mon actualité parlementaire au jour le jour à travers le site dédié à mon action parlementaire et par le biais de mon bureau parlementaire qui travaille quotidiennement depuis plus de 10 ans. Et je laisse aux électeurs, si je choisis le jour venu de me représenter une nouvelle fois le choix de me sanctionner en me reconduisant ou ne pas le faire en toute liberté.


A. O.- Et votre parti?

A.Ouammou : Notre parti est fort de son identité, de son enracinement populaire. C’est un petit parti qui marche à son rythme, mais avec engagement et sérieux. C’est une organisation politique qui travaille, qui réfléchit, qui organise ces congrès nationaux à temps. Nous en sommes au 7ème congrès. C’est un parti qui réunit ses militantes et militants chaque année en 4 à 5 grandes rencontres saisonnières à thématiques et qui organise périodiquement des rendez-vous organisationnels et des conférences nationales. …Le parti du progrès et du socialisme (P.P.S) dispose de groupe parlementaire aux deux chambres du parlement. Nous capitalisons un capital confiance des plus sûrs et des plus ancrés du pays. Pour les élections municipales du 12 juin notre parti présente près de 7000 candidats et se classe à la 7ème place nationale quant à la répartition des candidatures entre 28 partis en course, sans compter les sans appartenance politique. En l’occurrence, je suis fier d’appartenir à un parti vivant, ambitieux et plein d’élan. Et c’est en fin de compte aux citoyens ; par la sanction du vote responsable, que revient le privilège de dire que nous sommes dignes de confiance ou pas ou si nous tenons nos promesses ou pas.


A.O.-Quelles seront vos priorités pour la ville de Tiznit si vous êtes réélu?

A.Ouammou : Nous avons réussi en 6 ans, avec le soutien de nos alliés dans la majorité communale, à renforcer la confiance dans l’institution municipale, à redonner à la ville des orientations claires dans tous les secteurs de la vie communale, à donner à la ville un visage attrayant... Notre ambition est de continuer le travail en intégrant les nouveaux quartiers et en assurant une égalité de répartition des services communaux dans les différents quartiers de la ville tout cela en adoptant une démarche de démocratie participative.
Dans la pratique, il est vrai que des projets initiés avant le 12 juin 2009 sont encore en cours. Il s’agira de les mener à bout. Comme le programme de mise à niveau de la ville, la protection de la ville contre les inondations, la création d’une décharge publique moderne, la mise à niveau et l’intégration de la palmeraie « targua » dans la médina. Il nous tient aussi à cœur de terminer le projet de la gare routière, la salle omnisport, le musée du patrimoine, le centre multimédia,… entre autres, tout en assurant la pérennisation des infrastructures culturelles, sportives et de loisirs et en maintenant l’équilibre financier et la confiance de nos partenaires.



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