Familles de France attaque Second Life

Familles de France attaque en justice le monde virtuel en raison de ses contenus jugés sulfureux • L'association entend verrouiller complètement l'accès au site.

Familles de France attaque Second Life, et «à titre subsidiaire», la dizaine de fournisseurs d'accès français, porte d'accès depuis la France, au monde virtuel et à ses contenus jugés sulfureux. L'audience se tiendra au TGI de Paris le 18 juin prochain, suite à une assignation en référé. L'association vise l'éditeur et hébergeur du site, Linden Lab, à San Francisco. Méfiante, elle a pris soin d'assigner en second, les fournisseurs d'accès, au cas où l'Américain ne ferait pas le déplacement.

Familles de France sort le bazooka et demande le verrouillage en France de l'accès des mineurs au site. Mais pas plus Free, Neuf ou Orange, tous visés, ne savent faire le tri chez les internautes. Famille de France demande donc que l'on débranche l'accès à Second Life, privant du jeu, plusieurs centaines de milliers de français (7 millions d'utilisateurs dans le monde). Tout cela à cause d'infractions que l'association a fait constater : «de la scatologie, de la pornographie, des jeux d'argent, de la visualisation de contenus sensibles», explique Maître Antoine Chéron, son avocat...

Il existe bien un accès «spécial mineur», censé accueillir les jeunes, mais «aucun n'y va. Il n'a aucun intérêt. Il y a juste quelques boutiques, et en plus pour entrer, on vous demande votre numéro de carte bancaire», assure le juriste. Alors que le vrai Second Life est ouvert à tous vents. «Il y a même des sex-shops, avec des pancartes, "interdits aux moins de 18 ans", et on peut basculer dans le monde réel et rencontrer de vrais gens». L'assignation regorge d'exemples de pratiques virtuelles dénoncées comme contraires à la législation : les avatars «peuvent se faire "greffer un sexe", simuler des relations sexuelles, les possibilités de créations sont infinies», on peut même «acheter des drogues virtuelles, comme du cannabis».

L'Association des fournisseurs d'accès (AFA) digère très mal l'assaut de l'association, spécialisée dans la défense de l'ordre moral. «Nous sommes le seul pays qui fournit l'accès gratuit à un outil de contrôle parental pour filtrer les contenus. Et pour Second Life, cela marche bien», assure Giuseppe de Martino, le Président de l'AFA. Pourquoi, diable, ne pas se contenter d'inviter les parents à les activer? Cette solution ne semble pas du goût de Familles de France. «Aujourd'hui, les parents n'ont pas conscience que leurs enfants peuvent aller dans des mondes clos.» Ils "oublieraient" d'actionner le filtre. Christiane Therry, déléguée générale de l'association, elle-même grand-mère, ajoute : «un ado, c'est pas facile ».

Au-delà de Second Life, l'Association vise bien les fournisseurs d'accès, rêvant de faire interdire tout court l'accès au jeu. Comme cela a été obtenu pour un site négationniste. À l'AFA, on refuse ce rôle de surveillant du Net. «Le filtrage est infaisable. Tout ce qu'on sait faire, c'est interdire l'accès à tous les sites d'un hébergeur», explique son Président. Dans le cas de Second Life, cela reviendrait à fermer le robinet. Cette mesure extrême, rappelle l'AFA, avait effectivement été décidée par le juge pour interdire l'accès à des sites négationnistes, mais ces vitrines avaient aussitôt retrouvé un hébergeur.


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