La défaite de Chavez: une victoire pour tous... même pour lui

"A ceux qui ont gagné, mes plus sincères félicitations"; c'est ainsi que commence le post du blogueur chaviste Terreno Baldio."Et je suis fier qu'une fois de plus le petit mythe du dictateur tombe"; c'est ainsi qu'il finit. Une pirouette qui résume les réactions qui ont fusé sur la blogosphère vénézuélienne.

Le président vénézuelien, Hugo Chavez, a en effet perdu son referendum : 50,7 % des électeurs ont refusé la réforme constitutionnelle qu'il avait présentée pour la "transition du pays vers le socialisme". Il a reconnu sa défaite dès l'annonce des premiers résultats, le 2 décembre au soir, et a même ajouté:

"Ceux qui ont voté contre ma réforme, je les félicite et je les remercie. Ils ont demontré que ce chemin est le bon: la democratie vénézuelienne a mûri."

Un revers transformé en victoire donc, en preuve de démocratie. Khabiria, journaliste de Caracas "qui croit au pouvoir de l'information", en conclut plusieurs choses:

"La première, c'est que dans ce pays la démocratie absolue existe et que la volonté du peuple est respectée. La seconde, c'est que nous avons un organisme électoral en qui on peut avoir confiance (...). Et qu'à chaque fois que les canaux démocratiques sont empruntés, la démocratie triomphe.

"Je suppose que maintenant, il n'y a plus aucune raison de bloquer les rues, les avenues, de blesser des policiers, d'attaquer des universités, d'assassiner des personnes dérangeantes ou d'exiger la liberté. Quel est le projet de l'opposition à présent?"

Pour les partisans du non, c'est le triomphe du peuple, le triomphe d'un peuple qui n'est pas tout entier acquis à la cause chaviste. "Gloire au peuple courageux !", s'enthousiasme Daniel qui tient, depuis 2002, un journal - en anglais- d'un Venezuela "qui plonge lentement dans l'autoritarisme":

"Oui, cette constitution a besoin de changements, oui elle a probablement besoin d'être réécrite en entier parce que son espagnol est nul, mais c'est bien la seule chose que les Vénézueliens aient en commun.Si le oui avait gagné, ce serait devenu un petit livre rouge qui aurait été utilisé par une partie du pays pour contrôler l'autre. Ça aurait donc cessé d'être une constitution".

Plus pessimiste, Kira Kariakin, blogueuse vénézuelienne au Bangladesh, tient à préciser :

"Il faut se rappeller que ça n'est pas un plébiscite. Ce qui est en jeu c'est la constitution et non un gouvernement. (...) Le gouvernement peut toujours proposer d'autres réformes."

Nina Fresa, une professeure d'université, vénézuelienne " de naissance et de coeur", est plus consensuelle. Dans son post du 3 décembre intitulé "Réconciliation...", elle confie que "sa plus grande joie" est qu'"il existe une espérance, une force et une disposition pour reconcilier les Vénézueliens".

Une position qui rappelle celle adoptée par l'opposition vénézuelienne, qui, après avoir accusé le Conseil national électoral de partialité pendant toute la campagne, a appellé à la "réconciliation nationale". Nina Fresa continue dans un élan quasi-lyrique:

"Nous sommes et nous continuerons d'être des frères vénézuéliens qui se donnent la main".

Dans son K-2 Journal, un Vénézuelien "loin de sa terre" tient à rappeller, sans vouloir jouer les "trouble-fête" qu'il y a quand même plus important que ce referundum:

"Le problème économique est critique: on parle d'une imminente dévaluation une fois que le bolivar fort sera instauré; la pénurie n'est pas résolue; les problèmes d'insécurité sont restés intacts."

Désabusé, il conclut :

"Avec cette victoire nous n'avons rien amélioré, nous avons simplement évité que les choses empirent. Beaucoup de chemin reste à parcourir."

Chavez serait presque d'accord. "Nous sommes faits pour les longues batailles", a-t-il expliqué au soir de la défaite, "Nous avons dans le passé su transformer des défaites apparentes en victoires politiques".

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