La liste féminine de l’USFP indigne les «Roses»

· Des militantes contestent le «parachutage»


· Egalité des sexes, un vernis politique de circonstance


· Le militantisme phagocyté par les technocrates

LE week-end dernier, le parti de la rose a eu du mal à porter son nom. L’état-major de l’USFP s’est réuni à son siège, le 28 juillet à Rabat, pour boucler la liste finale de ses candidatures aux élections législatives du 7 septembre.
Déjà un premier round s’est tenu la semaine dernière... Dans les couloirs, on chuchote, on guette, on attend… L’atmosphère est tendue. Au programme, deux grosses questions à résoudre. La première concerne les têtes de liste d’Agadir, Goulmime et Tan Tan. La deuxième est l’arrêt et le vote de la liste finale des candidates au prochain scrutin. Soulignons au passage que la loi impose un quota de candidates de 20%. Il est réparti, à part égale, sur la liste dite nationale et celle des femmes, soit 10% pour chacune.
Il est 16 heures précises, ce samedi. Le moment tant attendu arrive. Les ténors du bureau politique prennent place pour délibérer. Le secrétaire général (SG) de l’USFP, Mohammed El Yazghi, et Abdelouahed Radi, actuel président de la Chambre des représentants, sont aux avant-postes. Le rapporteur du bureau politique, Abdelkader Baina, prend la parole. La tension monte dans l’assistance, surtout féminine.
Pour les hommes, l’affaire est vite réglée. Trois candidats sortent du lot: Abdellah Al Arouji est désigné tête de liste à Agadir, Mahfoud Hami à Goulmime et Abderrahmane Boussri pour Tan Tan.
Le tour des femmes arrive. L’ambiance prend une autre couleur mais pas du tout rose.
Parmi les 84 femmes présentées, seulement 30 ont été retenues. C’est la règle. Il n’y a donc rien de surprenant. Par contre, les critères et les candidates choisies ont déclenché les contestations. Parmi les heureuses élues, Aïcha Belaâ, Bousoula Keffaya, Saâdia Saâdi, Salwa Belakziz, Nezha El Araichi… La liste est loin d’être exhaustive.
La grogne monte et les protestations fusent. «Nous sommes pour l’ouverture du parti, pour son rajeunissement mais pas jusqu’à sacrifier les militantes les plus averties», s’indignent plusieurs militantes.
Parmi elles, Khadija Chafîi, Laïla Amili et Abassa Al Kirat… Cette dernière est l’une des figures emblématiques d’une USFP conjuguée au féminin. Membre du secrétariat général des femmes Ittihadies, elle a passé une trentaine d’années à servir la cause du parti. Au-delà de l’opacité des critères, les femmes des partis contestent l’«application boiteuse» du renouvellement des candidats. Pour les hommes, en revanche, c’est l’ancienneté qui prime.
«Je n’ai pas soumis ma candidature. Mais pourquoi aucune femme du bureau politique et les parlementaires n’ont pas été retenus?» précise Al Kirat. La contestation est telle que certaines ont retiré leur nom de la liste, voire menacer de présenter leur démission. C’est le cas de Khadija Chafîi, vice-présidente du secrétariat national des femmes Ittihadies. Elle a ouvertement critiqué le bureau politique. «Clientélisme, copinage… Les candidates sont pour la plupart des novices. Même le critère de la régionalisation a été bafoué», lance Chafîi.
Les cinq premières candidates sont toutes concentrées sur Casablanca, il fallait qu’elles soient «éparpillées sur toutes les régions» pour renforcer la représentation du parti.
Dans les meilleurs des cas, «seules les six premières candidates accèderont au Parlement», soulignent des militantes.
Pire, la logique technocratique a éjecté la logique du militantisme. «Je ne crois pas que le diplôme puisse remplacer l’expérience politique, surtout lorsqu’il va falloir composer avec d’autres partis au Parlement», précise pour sa part Laïla Amili. Comment «arriverons-nous à défendre, avec conviction, auprès des électeurs ses candidates», s’interrogent la plupart des militantes.
Mais avant que les débats soient lancés, El Yazghi demande aux invités, dont les journalistes, de quitter la salle. Alors que certains attendaient l’heure fatidique 9h30 mn du matin.
Le «soi-disant» vote du Conseil national a été également contesté.
La liste a été adoptée, officiellement, par 79 voix pour et 19 contre. Elle ne sera pas pour autant bouclée. Après le ras-le-bol de Mohammed El Gahs, la liste des 30 candidates vient brouiller la famille Ittihadie. «Sur les 30 candidates choisies, 17 d’entre elles sont au Conseil national notamment», justifie El Yazghi, pour calmer les esprits. Mais les militantes du parti de la rose n’en démordent pas. Même Maâni Snoussi, membre de l’association Ittihadie, ne mâche pas ses mots.
L’Usfp ne sera pas le premier parti à finaliser sa liste comme le souhaite le zaïm. Plusieurs candidates se sont retirées.
«La séance est levée», décrète Abdelouahed Radi. Les protestations des femmes du parti de la rose n’ont rien changé. «Mais elles préparent la riposte», confie une source.
Au final, le parti de la rose a relativement contenu le coup de gueule de ses militantes. Voilà comment un «grand» parti de gauche, aux prétentions progressistes, concocte ses recettes politiques. C’est un avant-goût de la cuisine préélectorale. Croisons les doigts pour que la campagne ne soit pas non plus exécrable.

Fratricides

LA période de présentation des candidatures va durer du 17 au 24 août. Ensuite, c’est la campagne électorale du 25 août au 6 septembre.
La plupart des partis ont presque bouclé les listes électorales… L’on se demande pourquoi laisser une telle question suspendue à la dernière heure? Les tractations se muent souvent en guéguerres fratricides.
C’est généralement ce rendez-vous, la désignation des candidats du parti, qui met à nu la crise de démocratie qui sévit au sein des partis politiques.

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