La participation politique des femmes en débat

Quelle place occupe réellement la femme marocaine dans les hautes instances politiques officielles ou administratives? Que peut-on retenir des expériences tant au niveau international que national et local de la participation de la femme à «la chose» politique ? Ce sont notamment ces questions qui ont été soulevées samedi 2 juin lors d’une rencontre autour du thème «La participation politique des femmes : levier de la démocratie» organisée par le pôle de Tétouan de l’Union d’action féminine, créé en 1992. c’est dans la salle de la commune urbaine où siègent 47 membres du conseil communal de la ville de Tétouan (dont une seule femme), que la question de la représentativité de la femme dans les hautes sphères de l’appareil étatique a été longuement discutée. Parmi les intervenants, l’on pouvait compter Fatema Belmoudden, parlementaire USFP, Pilar Gomez Casero, députée socialiste du Gouvernement autonome d’Andalousie, Najia Malak et Fatima Zohra Chikhi, conseillère municipale de la ville de Tétouan.
Plusieurs points de vue, plusieurs expériences de différents horizons ont été évoqués. Le constat de toutes les intervenantes étaient le même : malgré la participation des femmes dans les différentes luttes politiques et sociales qui ont jalonné l’histoire du pays, malgré leur place de plus en plus importante dans le domaine économique, leur représentativité dans les sphères politiques de prise de décision reste minime. Il faudra attendre 1993 pour voir siéger une femme au Parlement. Les chiffres sont d’ailleurs là pour l’attester : le Maroc, selon les chiffres de l’Union interparlementaire, est relégué à la 94ème place du classement mondial quant au nombre de sièges actuellement occupés par des femmes au Parlement. 10.8% des sièges à la Chambre des représentants sont certes occupés par des femmes mais seul 1.1% de ceux de la Chambre des conseillers (contre 34.6% pour le Rwanda et 22.5% pour l’Afghanistan).
Malgré la mise en place du système de quota aux dernières élections, tout porte à croire que beaucoup de chemin reste à parcourir. Certains partis, nous rappelle Mme Belmoudden, ont été précurseurs en la matière à l’instar de l’USFP qui a institué un quota de 20% permettant aux femmes d’intégrer le parti. Pour les élections législatives, le quota de 10% décrié par certains aurait tout de même permis à la femme, selon des observateurs, de siéger au Parlement, de promouvoir la femme dans les postes de décision et d’impulser une nouvelle ère du politique qui doit prendre en compte la voix de la femme. L’on peut parler, selon Mme Belmoudden « d’une première expérience dans laquelle les femmes sont réellement présentes dans le politique ».
En effet, lors des dernières élections législatives, 30 sièges ont été « réservés » à des députées, en plus de 5 femmes qui siègent actuellement élues sur la base des listes régionales (hors quota). Des questions se posent tout de même : pour les échéances de septembre 2007, le système de quota ne remettrait-il pas tout simplement les mêmes élues aux mêmes places, comme le soulève Mme Najia Malak, laissant très peu de marge pour le renouvellement et pour l’intégration de nouvelles compétences féminines? Doit-on craindre une certaine « fossilisation » des élues à l’instar de leurs collègues élus ? Ces femmes élues, comme l’indiquaient les conférencières, seraient-elles vraiment « cruelles entre elles » ? Quelles seront les femmes présentes sur les listes des partis ? Les mêmes ? Les militantes doivent-elles se contenter des 10% de 2002 ou appeler à un élargissement, comme prévu à 30%, gage de démocratie ! Ces quelques places « octroyées » au sein du Parlement aux femmes que l’ont qualifie déjà de pionnières, les deux seuls postes de ministre délégué accordés à deux femmes constituent-ils une vraie force d’intervention et de prise de décision dans la haute sphère politique?
Les réponses à certaines de ces interrogations sont sans appel : sur les deux rives de la Méditerranée, force est de constater que la liberté d’action, d’initiatives de législation est fortement cadrée par le parti, donc par des hommes. D’autre part, des stéréotypes persistent: la santé, le social, la question de la femme seraient trop souvent des domaines réservés aux élues… De plus, selon la députée espagnole, ce sont trop souvent les hommes, à la tête des partis qui prennent le plus de pouvoir. Et de rajouter en évoquant sur sa propre expérience que même lorsque de grandes responsabilités leur sont proposées, le refus de les assumer viendrait des femmes élues elles-mêmes, « alors que les hommes professionnalisent la politique, les femmes la considèrent comme une occupation». A cela, une question d’un jeune s’est fait entendre : que doit-on penser de l’expérience française qui a mis à la tête d’un de ces ministères clés : la justice, une Française d’origine marocaine?
C’est un fait, le Maroc de demain ne pourra être bâti sans l’intégration de toutes les composantes de la société. Mais à l’heure où dans notre pays, les maux de société se conjuguent au féminin, à quelques mois d’échéances électorales « majeures », de quelles manières les militantes pourraient « briser ce plafond de verre » qui leur fait miroiter un semblant de participation à la chose politique alors qu’elles sont trop souvent sous-représentées et que ce sont les hommes qui détiennent les véritables rênes ?

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