La tragédie des chrétiens du Liban

Le Liban est le seul pays du Proche-Orient, si l'on excepte Israël, à avoir une tradition démocratique. C'est aussi le seul, l'État hébreu toujours mis à part, à ne pas avoir fait de l'islam sa religion d'État. L'identité chrétienne est fondatrice du Liban puisque c'est autour de la communauté maronite que la France, puissance coloniale, a voulu, dans la première moitié du XXe siècle, y créer un État. L'existence même du Liban repose sur un pacte national qui, en 1943, a réparti les plus hautes charges du pays en fonction de l'importance des communautés. Ainsi, le président de la République est toujours un chrétien maronite, le premier ministre un musulman sunnite et le président du Parlement un musulman chiite.

La guerre civile libanaise (1975-1990) a conduit à un rééquilibrage en faveur des sunnites, via l'accord de Taëf parrainé par l'Arabie saoudite. C'est aujourd'hui les chiites, emmenés par un Hezbollah renforcé par la guerre de 2006 contre Israël, qui réclament un partage du pouvoir plus favorable.

Or, les chrétiens abordent ces échéances en mauvaise position. De tragiques divergences minent les maronites, qui forment la plus importante des communautés chrétiennes. La campagne pour les élections législatives partielles d'hier a été marquée par un climat délétère. Elles n'étaient qu'une répétition générale avant la vraie échéance, le scrutin présidentiel de l'automne. D'un côté, l'ancien général Michel Aoun s'appuie sur son succès aux législatives de 2005 pour revendiquer le leadership chrétien et la présidence de l'État. Ses principaux alliés sont chiites. En face, l'ancien président Amine Gemayel compte sur la coalition antisyrienne, soutenue par la France, les États-Unis et l'Arabie saoudite, pour lui faire échec, avec l'appui des sunnites.

Il faut se garder de diaboliser Michel Aoun dont les arguments sont respectables. Sa volonté de transcender les clivages sociaux et communautaires traditionnels, pour favoriser la cohabitation entre chrétiens et musulmans, est louable. Mais son alliance, nouée début 2006, avec le Hezbollah parrainé par l'Iran et la Syrie est contradictoire avec l'idée souverainiste qui devrait animer la communauté chrétienne et qu'il a lui-même incarnée naguère.

Il est temps que les chrétiens trouvent un terrain d'entente pour élire l'un des leurs à la présidence et pour remettre en marche le pays. Car les nuages, une fois de plus, s'accumulent sur le pays du Cèdre. Les institutions sont bloquées depuis la fin 2006. Les divisions chrétiennes sont exploitées par la Syrie qui a intérêt à entretenir le chaos. Le Hezbollah se prépare à de nouveaux heurts avec Tsahal. L'Iran considère le Liban comme une simple carte à jouer dans sa partie avec les États-Unis. Et l'armée libanaise est toujours aussi faible, comme le souligne son incapacité à mettre au pas une poignée d'islamistes dans un camp palestinien du Liban-Nord. Or, le Liban a un rôle capital à jouer. Il doit montrer au monde arabe qu'une voie est possible entre dictature et islamisme et que, malgré la tragédie irakienne, un État multiconfessionnel reste possible au Proche-Orient.


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