L’affaire Alwatane signe le retour de Moulay Hicham sur le front médiatico-politique


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C’est peut-être encore l’approche de la Fête du Trône qui réanime la furie, mais c’est la 8ème fois, à l’occasion de la célébration de l’intronisation de SM Mohammed VI, que le Prince Moulay Hicham monte au créneau. L’urticaire de l’amertume est visiblement incurable.

Bonne nouvelle : le Prince se porte bien. Opéré du cœur pour un triple pontage en raison d’une athérothrombose, Moulay Hicham déborde d’activité. À peine sorti de l’anesthésie, le Prince a tenu à rassurer son monde. Reporters et photographes à son chevet, il a affiché le sourire du rescapé tant les conséquences de la maladie, à Dieu n’en plaise, auraient pu être graves. Selon l’hebdomadaire Al Ayam, c’est le Prince lui-même qui aurait décidé de l’heure de son opération car son médecin personnel l’avait informé que la maladie ne souffrait pas l’attente et que pour éviter toute complication à moyen terme, il était urgent d’intervenir. Grâce au reportage du même hebdomadaire, on sait comment à son réveil, il a «embrassé la salle d’un regard fatigué tandis qu’un sillon [de points de suture] traversait ses pectoraux musclés.»
La photo, dans le même numéro, où il arbore les deux pouces en signe d’Ok, signifiait bien que désormais la vie normale reprenait ses droits. On n’en est que plus à l’aise pour aborder un angle de l’iceberg du Prince qui comporte plusieurs facettes. Sa partie visible reste par excellence ses amitiés dans une partie de la presse marocaine qui va, à cette occasion, avec la même technique - un journal qui sert le premier plat, un autre qui reprend le relais - attiser les braises d’une fausse et lassante querelle. D’abord un message aux allures sournoises : un hebdomadaire nous apprend que la maladie du Prince est héréditaire. Son défunt père, le Prince Moulay Abdellah en aurait souffert, de même que son oncle, Feu Hassan II. Manière de laisser entendre que son cousin, le Roi Mohammed VI, est un sujet exposé ? Si c’est le cas, l’insinuation est pour le moins maladroite.
C’est peut-être encore l’approche de la Fête du Trône qui réanime la furie, mais c’est la 8ème fois, à l’occasion de la célébration de l’intronisation de Mohammed VI, que le Prince monte au créneau. L’urticaire de l’amertume est visiblement incurable.
Comme au côté de Ménard de Reporters Sans Frontières dans son soutien à Ali Mrabet, comme aux côtés de Nadia Yassine et de sa république islamique, Moulay Hicham adore se mettre en vedette américaine dans une affaire de presse. C’est porteur et cette fois-ci le porte-faix n’est autre que le journal Alwatan. Pas publiquement, pas encore, juste fait-il savoir à qui veut l’entendre que les interrogatoires de Abderrahim Ariri auraient essayé de remonter la filière des fuites jusqu’à lui. Naturellement, rien de moins faux, mais la paranoïa du Prince, qui nous avait donné un solide échantillon de son amour de la course-poursuite et les films d’espionnage dans la rocambolesque affaire de la lettre à l’anthrax, est un mal difficile à soigner.
Le terrain des fuites étant pour l’instant glissant, les amis du Prince se rattrapent comme ils peuvent et se donnent à cœur joie pour politiser une maladie qui avait tout à gagner à observer calmement la convalescence. À partir de Madrid, où il est correspondant du journal Al Qods, Houssein Majdoubi, connu pour ses relations particulièrement étroites avec le Prince, invente de toutes pièces l’évènement. C’est ainsi que la maladie de Moulay Hicham, «cousin du Roi Mohammed VI et troisième dans l’ordre de succession» aurait été «une occasion pour la réactivation de la polémique politique et médiatique autour des positions» de Moulay Hicham. Le journaliste prend pied sur un article de Maroc-Hebdo. Dans un premier temps, il lui fait dire le contraire de son contenu, dans un second pour prétendre que le Prince serait partisan d’une monarchie qui règne mais ne gouverne pas alors qu’en vérité, sa position est beaucoup plus nuancée que cela.
Pour justifier sa sortie, Hussein Majdoubi lie la parution de l’article de Maroc-Hebdo à la maladie du Prince et ne se soucie pas de savoir qu’il lui est antérieur. Il inverse ensuite, non sans désinvolture, les rôles. Car s’il y a un magazine qui assure que le Prince a l’oreille de Bernard Kouchner fraîchement nommé à la tête de la diplomatie française et que ce dernier «devrait pouvoir compter sur les tuyaux de Moulay Hicham» dans le traitement de la question du Sahara, c’est bien le Journal-Hebdo, proche du Prince, et non pas Maroc-Hebdo qui, lui, dénie à Moulay Hicham autant d’influence. Et c’est encore le journal de Ali Amar qui affirme que le prince saoudien, Walid Ibn Tallal, cinquième richesse du monde, «a longtemps hésité à investir au Maroc [à cause] de l’éloignement de la cour de son cousin marocain, le Prince Moulay Hicham.»
Parce que Maroc-Hebdo lui avait reproché de ne pas suivre l’exemple de son cousin saoudien d’investir au Maroc au lieu de le faire en Thaïlande, le Prince est piqué à vif. Mais ce n’est là qu’un prétexte que prend le correspondant d’Al Qods pour relayer une information selon laquelle Moulay Hicham se serait vu bloquer un projet de la construction sur la route de Aïn Aouda d’une ville moyenne pour la valeur d’un milliard d’euros. On apprend de cette façon que c’est un projet unique dans les annales. C’est toutefois vite oublier les villes satellitaires qui ont déjà pris forme : Tamansourt (Marrakech) 1200 hectares en plus de 500 autres pour l'offshoring, et Tamasna (Rabat) 4000 hectares une fois achevés autour du noyau actuel de 900 hectares. D’autres projets sont en chantier: Tagadirt (Agadir) , 1000 hectares; Melloussa (Tanger), 1500 et Khyayta (El Jadida), un millier d’hectares. Ce qui ne veut pas dire que les 3000, si 3000 il y a, du Prince, qui avait déclaré sur LCI devoir hypothéquer sa maison à Rabat pour un emprunt bancaire, sont sans importance. Mais l’assertion de blocage est singulièrement curieuse. Pour qu’il y ait blocage, encore faudrait-il qu’il y ait dépôt de dossier. Renseignement pris, rien au jour d’aujourd’hui n’a été entrepris dans ce sens. À supposer que ce soit chose faite, mais ce n’est qu’une supposition pour le plaisir de l’exercice, il n’y a qu’une seule chose à relever : Là où, dans un secteur marqué par une forte spéculation foncière et immobilière, n’importe quel entrepreneur, pour peu qu’il remplisse les conditions nécessaires, peut lotir un terrain, vendre ses appartements sur plan et financer en grande partie le projet par l’argent des acquéreurs, le Prince attend des autorisations. À moins que ce ne soit des dérogations. Pour, par exemple, déclarer zone urbaine les 300 hectares ruraux, et seulement 300 hectares, pris sur une ferme de 1000 hectares à 35 kKm de Rabat dans une région à fort ancrage agricole. La dérogation aurait mérité réflexion si le projet, d’après ce que l’on en sait, profitait à la communauté. Pas le juteux marché de l’habitat haut de gamme : des appartements standing et des villas de luxe à très forte valeur ajoutée. Un peu pour les impôts et beaucoup au profit du seul porteur du projet.


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