L’argan, jouvence pour la région d’Agadir

L’argan, jouvence pour la région d’Agadir Beauté. L’huile star des spas européens est désormais un produit 100 % local.

Ça ressemble à une amande, plus fine encore. Et ça finit sur le rebord d’une baignoire, avec la mention «spa» ou «beauté orientale» sur l’étiquette. L’huile d’argan (les Marocains disent argane) version cosmétique est de plus en plus prisée en Eu­rope. Une huile soyeuse, hydratante et antiride, vendue plusieurs dizaines d’euros. Au Maroc, on en fait du miel ou on l’utilise pour l’assaisonnement. On dit qu’elle réduirait le cholestérol et le risque d’infarctus. L’argan n’a qu’une origine : le Sud marocain, seul endroit de la planète où pousse l’arganier, arbre court, épineux et noueux.

A mesure que l’engouement pour l’huile augmente, des coopératives de femmes marocaines produc­trices d’huile d’argan sont apparues : plus de quarante, rien que dans la région de Souss-Massa-Dra, autour d’Agadir. «Cueillies par les femmes, nos noix partaient en Europe, raconte Latifa Yakoubi, chargée de mission à la région, qui a lancé un plan de soutien aux co­opératives il y a un an. Et l’huile nous revenait au Maroc à des prix exorbitants. La valeur ajoutée et les revenus de ­l’argan partaient à l’étranger, nos ­femmes restaient pauvres. Elles se sont organisées.»
Coups de marteau. Dans le local de la coopérative, on entend les frappes sur la pierre et des claquements délicats. Une femme ôte les cosses des noix cueillies dans les arganiers. Une autre donne de légers coups de marteau sur la noix. La coque doit s’ouvrir sans briser l’amendon, qui donnera l’huile. Une vieille femme, en costume traditionnel, presse les amendons dans un moulin dont s’écoule une crème brune et pâteuse. La coopérative Alfouki («beauté» en berbère) est née il y a quatre ans dans le village d’Amskroud, à 20 kilomètres au sud-ouest d’Agadir, et emploie 44 femmes . «80 autres veulent y rentrer, explique Fatima Aït Moussa, la présidente de la coopérative. Mais avec la sécheresse, la récolte de cette année a été mauvaise, il n’y a pas assez de travail pour toutes.»
Avant la coopérative, les femmes d’Amskroud vendaient, chacune de leur côté, leur production sur les marchés, à 30 ou 50 dirhams (entre 3 et 5 euros) le litre, qui leur demandait vingt heures de travail. La coopérative vend ses bouteilles à 150 ou 200 dirhams sur les marchés, les foires et les salons, puis redistribue l’argent (au ­minimum 100 dirhams pour un litre) et investit dans des machines l’excédent .
Chercheurs. Cette année, Afoulki a fait un bénéfice net de 3 500 euros. Pour mieux résister, certaines coopératives se sont regroupées en groupement d’intérêt économique ou en union. Car la vogue de l’huile d’argan a profité à la spéculation : les prix de la matière première ont bondi. Le prix de vente, lui, stagne : «Les grandes surfaces cassent les prix, explique Mina Aït el Moudden, directrice de l’Union des coopératives de femmes pour la production de l’huile d’argan (UCFA). A plusieurs, nous pouvons améliorer le conditionnement des produits cosmétiques, trouver de nouveaux débouchés dans des spa ou à l’export dans les réseaux de commerce équitable.» Face à la demande exponentielle, l’offre est limitée et l’arbre lui-même doit être protégé.
Le Maroc vient de monter un projet en collaboration avec l’Union européenne pour replanter l’arganier (170 hectares ont été plantés en 2006, le double est ­prévu cette année). Et des programmes de recherche associant Agropolis ou le CNRS planchent sur cet arbre si méconnu qu’on ne sait pas très bien, pour ­assurer sa pousse optimale, à quelle saison la planter ni même comment ­l’arroser.

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