Le succès de Discovery met fin au cauchemar de la Nasa Marc Mennessier

Trois ans après le crash de Columbia, la navette a atterri hier sans encombre en Floride, au terme d'une mission de treize jours.

PARI RÉUSSI pour la Nasa ! Hier après-midi à 15 h 14 (heure française), Discovery s'est posée comme une fleur sur la très longue piste d'atterrissage (4 500 m) du Centre spatial Kennedy (Floride) après un périple de treize jours en orbite dont neuf au cours desquels elle est restée amarrée à la station spatiale internationale (ISS).

Pour les six membres d'équipage (quatre hommes et deux femmes, tous de nationalité américaine), le grand «plongeon» avait commencé une heure plus tôt, alors que Discovery se trouvait à 350 km au-dessus de la Nouvelle-Zélande, fonçant à près de 29 000 km/h à travers l'espace. Après avoir survolé le Pacifique, l'orbiteur atteignait la péninsule du Yucatan, puis le golfe du Mexique avant d'aborder les côtes de Floride par le sud-ouest, perdant régulièrement de l'altitude et de la vitesse (9 km/h par minute) au contact des couches denses de l'atmosphère.

Trois minutes avant le touchdown, un double bang signalait aux quelques centaines de spectateurs massés à proximité de la piste, l'arrivée imminente de ce superbe vaisseau dont la silhouette est apparue à travers les nuages qui s'étaient accumulés au-dessus de la région de Cap Canaveral. Des applaudissements et des vivats ont aussitôt salué le retour sur Terre de la navette et de ses six astronautes sains et saufs. Avec une pensée, bien sûr, pour l'Allemand Thomas Reiter, resté à bord de l'ISS en compagnie du Russe Panel Vinogradov et de l'Américain Jeffrey Williams pour un séjour de six mois.

Lancée le 4 juillet dernier, jour de la fête nationale des États-Unis, cette mission de Discovery, la deuxième depuis la catastrophe de Columbia en février 2003, était bel et bien celle de la dernière chance. En cas d'échec, Discovery et les deux autres navettes, Atlantis et Endeavour, auraient été définitivement mises au rancart, privant du même coup les États-Unis d'un accès autonome à l'espace pendant de longues années. Le successeur des navettes, le Crew exploration vehicle ou CEV, qui doit permettre à la Nasa de retourner sur la Lune et sur Mars, ne volera pas avant 2014...

«Une mission formidable !»

«Ce fut vraiment une mission formidable !», s'est exclamé le commandant de bord, Steven Lindsey, au moment de l'atterrissage, heureux que les principaux objectifs aient été atteints. Nous sommes prêts à reprendre l'assemblage de l'ISS (NDLR :suspendu depuis le drame de Columbia et à moitié achevé à ce jour) et à recommencer des vols de navette sur une base plus régulière.»

Pour l'instant, deux autres missions sont prévues d'ici à la fin de l'année avec Atlantis, à partir du 28 août prochain, puis Discovery, de nouveau, en décembre. Au total, 16 vols sont théoriquement programmés d'ici à 2010 pour achever l'assemblage de l'ISS, après quoi les navettes, dont la «carrière» a démarré il y a vingt-cinq ans, devraient prendre une retraite méritée.

«Ce vol a été un énorme succès et nous sommes de nouveau sur les rails», s'est félicité hier soir, lors d'une conférence de presse, l'administrateur général de la Nasa Michael Griffin, tout en ajoutant qu'il ne fallait pas se «montrer exagérement confiants. Nous devons encore examiner soigneusement tous les résultats et les données de ce vol».

Depuis trois ans, les améliorations apportées au réservoir externe d'hydrogène et d'oxygène liquides de Discovery, dont le coût s'élève à 1,5 milliard de dollars, et destinées à réduire les pertes de gros morceaux d'isolant responsables du drame de Columbia, se sont apparemment avérées efficaces (nos éditions du 1er et du 6 juillet 2006). Cette fois-ci, seuls de petits débris de quelques grammes sont tombés lors du lancement, sans dommage visible pour la protection thermique de Discovery, comme l'ont révélé les nombreuses inspections réalisées au cours de la mission.

21 heures dans l'espace

Pendant les neuf jours passés à bord de l'ISS, Mike Fossum et Piers Sellers ont effectué trois sorties dans l'espace – soit un total de 21 heures – qui se sont parfaitement déroulées. Les astronautes ont notamment testé la stabilité de la rallonge du bras robotisé de Discovery et sa capacité à atteindre toutes les parties du bouclier thermique de la navette, pour le cas où il faudrait procéder à des réparations en orbite. Ils ont aussi remis en état de marche une télébenne de l'ISS, indispensable à la poursuite des travaux d'assemblage de la station, et testé une technique de réparation de la protection thermique en carbone des ailes et du nez de la navette.

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