Maroc: Maguy KAKON, 'femme, citoyenne et juive', candidate aux législatives

CASABLANCA - Maguy KAKON se présente comme "femme, citoyenne et juive" au scrutin législatif du 7 septembre et assure que sa candidature souligne la diversité du Maroc, composé depuis des siècles d'arabes, de berbères et de juifs.

Elle brigue les suffrages sur la liste des femmes du Parti du Centre Social (PCS), une minuscule formation qui compte aussi un candidat juif, Joseph Levy, qui, lui, fait campagne dans le quartier chic d'Anfa à Casablanca.

Le système électoral est un scrutin proportionnel au plus fort reste.

L'électeur opte pour une liste dans l'une des 95 circonscriptions afin d'élire 295 députés et 30 autres sur des "listes nationales" exclusivement réservées aux femmes.

"Etre juive c'est apporter cette pluralité, cette différence qui sont à mes yeux une immense richesse pour mon pays, et si juifs et musulmans vivent ensemble depuis des siècles ce n'est pas fortuit", affirme cette femme de 54 ans, auteur de "la Cuisine juive du Maroc de mère en fille" et de "Traditions et coutumes des Juifs du Maroc".

La présence juive date du VIe siècle avant JC, soit bien avant l'arabisation du pays. Si aujourd'hui, il n'y a plus que 5.000 Juifs, dont 2.000 à Casablanca, le royaume en comptait 270.000 à la fin des années quarante, soit plus de 10% de la population.

"Si je suis candidate, c'est parce que je me sens chez moi dans ce pays", explique cette mère de quatre enfants, dont un fils qui fut sacré champion arabe de golf à Damas en 2005.

Pleine de vitalité, elle assure avoir "toujours été engagée dans la société civile" et s'être décidée à entrer en politique car "c'était dommage de ne pas mettre son énergie au service de son pays".

Le programme de son parti est flou. "Nous sommes au centre. Nous représentons une nouvelle voie dans le sens modérateur et novateur", dit-elle en précisant que pour elle, l'important c'est l'instruction civique et le sport à l'école.

Pour ce scrutin, le PCS a choisi comme symbole l'abeille car "elle est royale, travailleuse, et donne du miel", explique Joseph Levy.

"Nos candidatures sont l'expression de ce pays pluriel, et si je suis élu, je mobiliserai les juifs d'origine marocaine en faveur de la terre de leurs ancêtres", assure cet entrepreneur de 51 ans.

En dehors de la Tunisie, où un industriel juif, Roger Bismuth, 81 ans, a été choisi en 2005 comme membre de la Chambre des Conseillers (Sénat), le Maroc est le seul pays arabe à avoir eu, depuis les années 60, cinq parlementaires, un ministre et un conseiller du roi israélites.

"Il y a toujours eu ici des juifs qui ont fait de la politique. Certains étaient d'éminents dissidents, d'autres ont participé au gouvernement", insiste Maguy Kakon, dont l'origine familiale remonte à la dynastie mérinide (XIVe siècle).

"C'est normal qu'elle soit candidate. Il y a toujours eu des Juifs au Maroc et nous, les musulmans, avons toujours vécu avec eux", assure Nadia Gholam, une femme d'affaires de 38 ans, qui, coiffée d'un foulard, distribue des tracts avec Maguy sur un marché du quartier populaire de Hay Hassani.

Ces candidatures divisent la communauté juive. Pour le professeur Elie Elbaz qui s'est présenté sans succès en 2002 sur la liste socialiste de l'USFP à Essaouira (sud-ouest), "ce sont des candidatures fantoches de personnes sans passé politique, elles visent à offrir la vitrine d'un judaïsme florissant alors qu'il est agonisant".

Mais Simon Lévy, ancien militant communiste et directeur du Musée juif de Casablanca, les juges positives. "C'est une bonne chose d'insister chaque fois sur la pluralité du Maroc".

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