Maroc: Pourquoi les femmes boudent la politique?

Pourquoi la femme fuit-elle le champ politique ? Pourquoi est-elle absente des instances de gestion locale ? Deux grandes questions qui taraudent l’esprit des responsables et des observateurs. La publication récente d’une étude de l’Usaid apporte quelques éléments de réponses.

Les chiffres sont en tout cas effarants : 6.024 femmes sur 23.689 candidats aux élections communales de 2003 et seulement 127 ont été élues, soit 0,55%. Et si les choses sont ainsi, c’est que la représentation de la femme dans la sphère du pouvoir et dans la gestion communale est handicapée par des «obstacles multiples et complexes», souligne Nabila Hamza, auteur de l’étude.
Mise en cause, l’absence de modèles. Autrement dit, la présence de femmes sur la scène politique et dans la vie publique n’est que très récente. L’accès des femmes au Parlement et au gouvernement ne date que des années 90. L’expérience n’est pas assez ancrée pour servir de modèle et de référence. « Une décennie, ce n’est pas assez pour rompre avec l’image de la femme soumise et recluse », affirme Rabéa Naciri, collaboratrice à l’étude. Fuir le monde de la politique est aussi une conséquence d’un état d’esprit qui a sévi pendant les années de plomb. La politique n’était même pas une affaire d’homme. Elle était tout simplement confisquée par l’Etat.
De loin et paradoxalement, ce sont les partis qui empêchent les femmes d’investir le monde de la politique. L’étude de l’USAID conclut à leur misogynie et à leur sexisme. Selon Rabéa Naciri, « plutôt qu’une volonté délibérée de discrimination sexiste, c’est sans doute le conservatisme du pouvoir et la culture « machiste » des partis politiques qui expliquent la mainmise des hommes sur les secteurs du pouvoir ». Cette attitude profonde des partis politiques est renforcée par les représentations sociales qui laissent penser que la politique est une histoire de mâles. Une femme interviewée témoigne: «Il y a la manière de fonctionner des partis politiques et des associations. Ni les espaces ni les horaires ne sont appropriés aux femmes ni les lieux où se «cuisinent» les décisions, comme les cafés, les clubs ou d’autres endroits où les femmes ne sont pas admises compte tenu de plusieurs paramètres socioculturels, en plus des questions de sécurité». La mentalité y est aussi pour beaucoup. Comme dans cette réunion à la municipalité de Mohammédia, au mois de Ramadan, où un élu demande, juste avant la rupture du jeûne, à une élue si elle n’a pas préparé le ftour. Ce qui en dit long sur cette autre contrainte de l’inadaptation du timing des réunions avec le rythme de vie des femmes. La morale pèse aussi de tout son poids. Le témoignage de cette femme est édifiant: «Les idées selon lesquelles les femmes qui font de la politique sont masculines ou encore de vieilles filles à la recherche d’un mari sont encore très vivaces». Ce sont là des représentations qui poussent les femmes à l’auto-exclusion. Soit parce qu’elles n’ont pas confiance en leur capacité. Soit parce qu’elles ne sont pas d’accord sur l’ordre de priorités qui leurs sont proposées.
D’autres contraintes pèsent sur la femme. Et c’est à elle seule de les surmonter en se prenant elle-même en charge. Primo, elle doit remuer ciel et terre pour avoir une culture politique. Chose qui passe impérativement par l’expérience. Elle est donc astreinte pour l’acquérir de franchir les bastions des syndicats, des partis politiques et des associations. Secondo, elle doit aussi s’imposer dans les réseaux informels de relations et dans les réunions parallèles. Tertio , les femmes reconnaissent qu’elles n’ont pas suffisamment d’argent pour se lancer dans des campagnes électorales onéreuses. Elles ne peuvent damer le pion à l’homme. Lui qui est rompu à toutes les pratiques, y compris celles de la corruption.

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