Népal : un vote historique, censé abolir la monarchie et renforcer la paix

Les Népalais votaient jeudi en très grand nombre pour élire une assemblée constituante censée abolir la monarchie et proclamer la République, avec l'espoir de consolider la paix signée il y a un an et demi avec la guérilla maoïste.

"La participation semble très élevée", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la Mission des Nations au Népal, Kieran Dwyer, tandis que la commission électorale table sur un taux de 65% des 18 millions d'électeurs.

Parmi les premiers à voter à 100 km de Katmandou, le chef maoïste, Prachanda "le redoutable", qui veut être président d'une future République, a déclaré que "les rêves de milliers de martyrs s'étaient réalisés".

"Nous sommes en train d'écrire l'histoire et c'est fantastique", a-t-il lancé, acclamé par la foule.

A Patan, près de Katmandou, des centaines d'hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions faisaient sagement la queue pour accéder à des tentes servant de bureaux de vote, montées entre les superbes temples bouddhistes et hindouistes médiévaux inscrits au patrimoine de l'Unesco.

"C'est un jour historique et nous espérons la paix", a déclaré tout sourire Prasanna Shrestha, une jeune comptable.

"Ces élections vont nous apporter la paix et la démocratie. Nous ne voulons plus de la monarchie", a renchéri Julum Lal Chitrakar, 67 ans, qui a voté pour les maoïstes, considérés comme des "terroristes" par les Etats-Unis.

Les Népalais, appelés pour le premier scrutin national depuis 1999 et dont un tiers votent pour la première fois, élisent 601 députés chargés de rédiger une nouvelle Constitution pour ce royaume stratégique coincé entre l'Inde et la Chine et séparé du Tibet par la chaîne de l'Himalaya.

Mais quel que soit le résultat --qui n'est pas attendu avant trois semaines-- cette assemblée devrait, en principe, transformer la seule monarchie hindouiste du monde en République, selon un accord scellé en décembre entre les sept partis népalais et les maoïstes, qui ont signé la paix le 21 novembre 2006 et gouvernent ensemble depuis avril 2007.

Un tel scénario était inimaginable il y a deux ans lorsque toute la classe politique s'était alliée aux insurgés d'extrême gauche dans les manifestations du printemps 2006, forçant le roi Gyanendra à renoncer à ses pouvoirs absolus.

Cet héritier de la dynastie des Shah vieille de 239 ans a depuis été dépouillé de toutes ses prérogatives.

Mais les maoïstes ont accusé des royalistes, notamment des généraux, de "comploter pour préparer un coup d'Etat" et d'être derrière les petits attentats de ces derniers jours.

M. Dwyer de l'ONU s'est félicité d'un "vote sans encombre", même si une bombe artisanale a explosé en province, sans blesser personne. Quinze maoïstes armés de grenades ont été arrêtés après avoir incendié l'isoloir d'un bureau de vote dans l'ouest.

Après les assassinats mardi de sept maoïstes et d'un candidat communiste, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'était déclaré "profondément préoccupé par la violence", appelant "toutes les parties à faire preuve de retenue".

Au moins 135.000 policiers sont déployés, dont 55.000 fraîchement recrutés, épaulant 800 observateurs internationaux, dont 120 de l'Union européenne.

Car l'accord de paix de novembre 2006, qui a mis fin à la "guerre du peuple" maoïste lancée en février 1996, au prix de 13.000 morts et d'une économie ruinée, reste fragile.

L'International Crisis Group redoute ainsi "une période post-électorale difficile et dangereuse" puisqu'aucun parti ne devrait rafler la majorité.

D'autant que 50% des Népalais restent attachés à une "monarchie symbolique", selon des sondages. Une majorité voit en Gyanendra l'incarnation du dieu Vishnou, même s'ils "haïssent" cet autocrate monté sur le trône à la faveur du massacre mystérieux du précédent roi Birendra et de sa famille le 1er juin 2001.


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