Taghazout compromise : Etat, banques, consortium: leurs arguments

· Promesses non tenues de la part des investisseurs · Le gouvernement applique la sanction contractuelle de rési-liation · Les investisseurs surpris par la décision demandent son annulation

Taghazout compromise : Etat, banques, consortium: leurs arguments

Le site de la future station de Taghazout est encore désert et risque de le rester encore pour longtemps. Le gouvernement marocain a résilié la convention relative à la mise en valeur de cette nouvelle station touristique, conclue avec le consortium attributaire qui réunit le groupe Colony capital et la société Satocan. Cette décision qui devrait être rendue publique aujourd’hui par le ministère du Tourisme a été notifiée le 8 avril dernier aux investisseurs concernés. Cette résiliation comprend bien sûr celle de l’avenant en date du 8 décembre dernier, suite à la décision de redimensionnement du projet (cf. www.leconomiste.com). Elle est prononcée, selon une source institutionnelle, avec effet immédiat et conformément aux dispositions de la convention qui a prévu la résiliation si les investisseurs accusent ‘‘un retard de plus de trois mois dans le démarrage des travaux’’, ce qui est le cas aujourd’hui. En fait, le calendrier de réalisation arrêté avait fixé le démarrage des travaux à la première semaine de janvier 2009. Ce qui est loin de s’être produit: ce n’est qu’un mois après que la cérémonie officielle d’annonce des travaux a été organisée à Agadir. Mais le gouvernement n’avait pas réagi à ce moment-là, alors confiant que le retard serait rattrapé. Mohamed Boussaïd, ministre du Tourisme, devant un riche parterre d’opérateurs et d’institutionnels, s’était même engagé aux côtés de Tom Barrack, président de Colony capital sur la réalisation du projet dans les délais avec une ouverture du premier hôtel en juillet 2010. Mais aujourd’hui les responsables institutionnels ne semblent plus y croire et se conforment au délai contractuel de trois mois prévu dans la convention modifiée en décembre dernier, et applique la sanction contractuelle. Avant d’en arriver là, le gouvernement avait maintes fois rappelé leurs obligations aux investisseurs en leur adressant cinq lettres entre mars 2007 et octobre 2008. Des courriers auxquels les maîtres du projet avaient réagi en faisant toujours de nouvelles promesses, mais qui n’avaient pas été tenues, indique une source institutionnelle.
En effet, ‘‘aucun démarrage réel des travaux n’a eu lieu’’, même après les nouveaux engagements pris dans l’avenant conclu à la demande des investisseurs, et suite aux déplacements du président de Colony capital en personne. Ceci pour demander un redimensionnement du projet et un nouveau planning de résiliation. Malgré ces échanges de correspondances à travers lesquelles le gouvernement a vivement exprimé l’intérêt qu’il accorde au projet et sa réalisation dans les délais, les investisseurs ont été surpris de la décision de résiliation de la convention. Pour eux, précise une source proche du dossier, le gouvernement était bien informé des discussions entre le consortium et les banques, ainsi que des difficultés rencontrées pour le déblocage du financement. A noter que Taghazout Resort avait contracté en décembre 2007 avec un consortium bancaire composé d’Attijariwafa bank en tant que chef de file, la BCP et la BMCE un crédit moyen terme de plus d’un milliard de DH. En 2008, un premier déblocage de 200 millions de DH environ a été réalisé et les versements suivants étaient subordonnés à la réalisation d’un certain nombre de conditions préalables. Toutes les conditions avaient été levées à l’exception de l’inscription de l’hypothèque sur le terrain en faveur des banques. Les garanties hypothécaires ne pouvaient être fournies toutefois puisque le terrain n’était pas acquis. La démarche étant restée suspendue à la conclusion de l’avenant signé en décembre 2008.
C’est ainsi que document en main fin janvier, les investisseurs se sont de nouveau adressés aux banques pour obtenir les fonds nécessaires en vue de procéder à l’acquisition du terrain en question. Mais leur demande n’a pas reçu de suites favorables, car les banques ont considéré que toutes les conditions n’étaient pas remplies. L’hypothèque en question devait être inscrite au plus tard en février dernier, conformément au contrat initial. Par ailleurs, les établissements financiers ont jugé que les conditions de financements devaient faire l’objet d’une nouvelle négociation, en fonction des dispositions de l’avenant à la convention et des incidences de la crise internationale. A cet effet, les concernés ont remis courant février une proposition de financement intégrant toutes les remarques du consortium bancaire. Ils avançaient qu’un apport supplémentaire en fonds propres des actionnaires de Taghazout Resort allait être réalisé en même temps que la libération d’une portion complémentaire de la dette. Pour les investisseurs, il n’était en effet plus question de poursuivre le développement du projet sur fonds propres, car ils avaient déjà investi plus de 400 millions de DH, en plus de près de 200 millions de DH de dette, alors qu’un milliard de DH était déjà engagé par Taghazout Resort dans le projet. Ils étaient en attente d’un nouveau contrat de financement en cours de ‘‘validation’’ auprès des banques. Ils considèrent avoir manifesté leur volonté de réaliser le projet, surtout que pour eux le démarrage des travaux du premier hôtel a bien eu lieu le 2 février dernier. De leur avis, ce qui s’est passé par la suite ne peut être qualifié que de ‘‘suspension du chantier’’. Mais il semble que le gouvernement ait perdu patience. De leur côté, les investisseurs souhaitent l’annulation de la décision de résiliation de la convention.



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