Tibet: des morts dans de violentes manifestations à Lhassa

Des violences opposant des manifestants tibétains hostiles à la présence chinoise aux forces de l'ordre ont fait des morts et de nombreux blessés vendredi dans le centre historique de Lhassa, la capitale du Tibet.

A cinq mois des Jeux olympiques de Pékin, alors que la campagne de contestation tibétaine va grandissant contre le pouvoir chinois, il s'agit des plus importantes manifestations depuis un soulèvement de Tibétains en mars 1989.

Ces violences ont embrasé la vieille ville de Lhassa, en particulier autour du célèbre monastère du Jokhang, un haut-lieu touristique, après plusieurs jours de manifestations de moines bouddhistes.

Elles ont suscité de nombreux appels à la retenue des capitales étrangères, tout comme du dalaï-lama, le chef religieux en exil des bouddhistes tibétains, qui a demandé à la Chine de "renoncer à l'usage de la force" au Tibet.

"Bien sûr qu'il y a des morts", a déclaré à l'AFP une employée au centre des urgences médicales, jointe par téléphone. "Nous sommes très occupés avec les blessés, il y a en beaucoup ici", a-t-elle ajouté, sans préciser si les victimes étaient des moines.

Radio Free Asia (RFA), citant des témoins à Lhassa, a fait état d'au moins deux morts.

Les manifestants "ont saccagé les magasins chinois et la police a tiré à balles réelles sur la foule. Personne n'a le droit de se déplacer dans Lhassa maintenant", a indiqué une source tibétaine à la radio basée aux Etats-Unis.

Citant des témoignages directs de citoyens américains, l'ambassade des Etats-Unis à Pékin a aussi fait état de coups de feu. Une information confirmée par une touriste étrangère contactée par l'AFP.

"Nous avons entendu des coups de feu", a dit cette femme, en précisant qu'elle demeurait dans un hôtel assez central.

Selon une infirmière d'un hôpital de Lhassa, jointe par l'AFP, au moins une douzaine de personnes ont été blessées et hospitalisées.

"Il y a des patients, au moins une douzaine, qui sont soignés par les médecins et certains ont été hospitalisés", a-t-elle indiqué.

L'agence officielle Chine Nouvelle, uniquement dans son service en anglais, a confirmé que des incendies volontaires avaient été provoqués par des violences vendredi à Lhassa, faisant des blessés.

Depuis lundi, des moines bouddhistes manifestent au Tibet et dans les régions avoisinantes, où vivent des minorités tibétaines, à l'occasion du 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l'exil du dalaï-lama.

Vendredi, les violences ont surtout éclaté dans le quartier du Barkhor près du monastère du Jokhang, selon des témoins. Des magasins ont été incendiés.

"On était sur la place vers 13H00 (05H00 GMT), on voyait des drapeaux blancs de manifestants dans la foule, quand les policiers sont arrivés en force et ont fait évacuer", a expliqué un touriste français, joint par téléphone.

D'autres touristes étrangers ont décrit par téléphone à l'AFP une ville bouclée par les militaires et les forces de l'ordre. Eux-mêmes restaient calfeutrés dans leurs hôtels.

"Il y a beaucoup de soldats et de policiers dans le centre de Lhassa (...) On nous a dit de rester à l'hôtel, car il y avait des problèmes dans le centre", a témoigné un touriste allemand.

Tous les restaurants et les bars ont été fermés, a-t-il ajouté.

"Nous n'avons plus d'électricité", a indiqué une Tibétaine jointe dans un petit hôtel près du Jokhang.

Une manifestation a également eu lieu vendredi dans une région avoisinante, où vit une minorité tibétaine, dans la ville de Xiahe (nord-ouest de la Chine), siège du plus grand monastère du bouddhisme tibétain en dehors du Tibet.

Environ 200 personnes emmenées par des moines bouddhistes ont protesté dans cette ville de la province du Gansu, a constaté un photographe de l'AFP.

Ces incidents interviennent à la veille d'un important rendez-vous politique à Pékin, où le Parlement doit confirmer un nouveau mandat de président pour Hu Jintao. Ce dernier était à la tête du Tibet en 1989, lors des précédentes grandes manifestations.

Jeudi, Pékin a accusé le dalaï-lama d'organiser ces manifestations.

La campagne de contestation tibétaine contre le pouvoir chinois va grandissant à mesure qu'approchent les Jeux olympiques de Pékin en août.

Lundi, devant ses partisans réunis dans son lieu d'exil à Dharamsala dans le nord de l'Inde, le dalaï-lama avait violemment dénoncé la répression chinoise au Tibet, dans une déclaration inhabituellement sévère exprimée pour le 49e anniversaire de son exil en Inde.

Vendredi soir, il a demandé à la Chine de "renoncer à l'usage de la force", tandis que tour à tour la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et les dirigeants européens faisaient aussi part de leur préoccupation, appelant la Chine à la retenue et au respect de la culture tibétaine.

0 commentaires pour cet article
Il n'y a pas de commentaire sur ce poste, soyez les premièrs à réagir
Réagissez !






Les champs marqués avec une étoile () sont obligatoires!

Haut de la page