Timitar version VI : pluies de rythmes sur Agadir !

Trois scènes, 50 concerts et 650 artistes se sont produits en cinq jours. 110 000 spectateurs pour l’amour de Samira Said et chab Bilal. Des Marocains de la diaspora à Bijaouane. Dispositif sécuritaire renforcé.

Timitar version VI : pluies de rythmes sur Agadir !

Au cœur d’Agadir, la place El Amal prend des allures de grand pique-nique. Les gens s’y installent confortablement, déposent leurs balluchons, leurs bébés et dressent des petits tapis pour délimiter leur territoire. Les plus avertis s’y prennent tôt,  quelques heures avant la tenue du concert afin de s’offrir le meilleur emplacement. Ainsi, pendant 5 jours -du 1er au 5 juillet-, cette scène se répéta, se propageant en ondes croissantes vers  Bijaouane et le Théâtre de verdure qui a vu passer des spectacles assez intimistes comme celui de l’ensemble du Maqâm d’Azerbaïdjan dont la musique effleure les sens. Les danses aux gestes codés, où tout est signe, ont fasciné dans leur esthétique parfaite.
Lors de cette sixième édition de Timitar, le directeur artistique du festival, Brahim El Mazned, a pris de sérieux risques en osant les mélanges les plus fous.
Orange Blossom, ce groupe français qui s’est produit pour la première fois au Maroc en est l’exemple vivant et vibrant. Ce qu’il offre d’inédit ? Le groupe tranche délibérément avec les conventions académiques, offrant sur scène un violoniste excité, volant presque dans les airs à coups de grands écarts. L’effet est saisissant. Le son du violon épouse à la perfection la musique électronique.
Surfant sur cette vague de fusion qui ne retombe plus,  MoMo, «Music Of Morrocan Origin», a su réunir un public assez jeune. A Bijaouane ce soir-là, on a dansé à la fois sur une fusion de Gnawa, Chaâbi et rythmes amazighs. L’époque n’est-
elle pas au mélange des genres ? Le public n’a pas mis beaucoup de temps à apprécier ces musiques métisses.
D’autres compositions musicales mêlant la fibre marocaine aux sonorités européennes se sont introduites sur la scène de Bijaouane qui a accueilli Mimoun Rafroua (Maroc-Pays-Bas) et  Rhany Kabbaj ( Maroc-France).
Mais le festival est d’abord celui des musiques amazighes. Diverses, plurielles, elles débordaient des différentes scènes avec générosité. Le rythme est bel et bien né sur ces terres. Ceux qui en doutent n’avaient qu’à aller voir Rays Aârab Atigui et Rays Larbi Ihihi, Raïssa Aïcha Tachinouit ou encore les Ahwach des femmes de Tafraout.
Mais lorsque Hamid El Kasri est arrivé sur scène avec son guembri, le temps s’est arrêté. On s’est offert la transe. La retenue n’étant plus de mise, même les esprits les plus rétifs se sont libérés.

Izenzaren, après l’éclipse
Autre effet marquant de ce festival, la présence de Carlinos Brown. Ce Brésilien qui n’a pas peur de choquer, osant un corps à corps avec le public d’Agadir. La fusion s’est faite naturellement. On dansait la salsa façon chaâbi. Chacun faisait ce qu’il pouvait, se balançait comme il savait le faire.
Cette sixième édition de Timitar a rendu un hommage au groupe Izenzaren à travers un colloque et une création théâtrale «Izenzaren, un chant, une musique, un poème, un groupe toujours vivant». Depuis quelques temps, le bruit courait sur le retour du groupe sur la scène musicale avec un nouvel album, après vingt ans de silence. Mais Abdelhadi Igoute refuse de parler de rupture. «On ne s’est jamais arrêté et on compte bien continuer», lâche-t-il agacé.
Le leader mythique du groupe n’en dira pas davantage, il n’aime pas parler de lui, de ce qu’il fait. Il ne veut pas non plus accorder d’entretien à la presse, refuse de répondre aux questions qu’on lui pose et préfère diriger lui-même la conversation...et la liste de ses caprices est longue. C’est celle d’un homme qui n’a rien à prouver à personne. S’il refuse de parler, c’est que Igoute a un rapport très intime avec le verbe. «Quand je suis sur scène, je sais ce que je veux dire et je le dis». Le faire parler de son nouvel album est un exercice difficile «l’album n’est pas encore sorti, il est toujours moi». Igoute se joue des mots, emploie, presque tout le temps, des phrases à double sens. Il faut dire qu’il manie le verbe à la perfection. L’album très attendu de Izenzaren sortira dans les mois prochains. On reste, par contre, très évasif quant aux dates. Les rares proches qui l’ont écouté parlent d’une œuvre épurée.



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